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Les pleurs des Nord-Coréens sont-ils sincères?

Temps de lecture : 2 min

Capture d'écran d'une vidéo Youtube
Capture d'écran d'une vidéo Youtube

A en croire les chaînes télévisées nord-coréeennes qui diffusent des vidéos d'hystérie provoquée par l'annonce de la mort de Kim Jong-il et le recueillement auprès de sa tombe dans un mausolée de Pyongyang, l'adulation de la population nord-coréenne envers son chef –le culte de la personnalité, pour reprendre le terme consacré en philosophie politique– continue même après la mort du dictateur. Comment savoir si ces larmes sont réelles, s'interroge la BBC.

Pour le psychiatre Anthony Daniels, «c'est très difficile de connaître la réalité et je pense que nous ne la connaîtrons jamais. Il y a de grandes barrières culturelles et il faut se rappeller que c'est un régime où tout ce qui n'est pas interdit est obligatoire». La BBC rappelle que des scènes de pleurs en collectivité avaient eu également lieu au moment du déces du «Petit père des peuples», Joseph Staline ou après le décès de Lady Di.

Interrogé par le New York Times, l'analyste Park Jong-chul, travaillant au Korea Institute for National Unification à Séoul, l'émotion présente sur ces vidéos, apportant une certaine théâtralité, relève tant de la peur et de l'incertitude sur le futur du pays que de la contrainte psychologique exercée par le régime. «Certains Nord-Coréens peuvent le faire par devoir ou parce qu'ils se savent observés.»

Ne pas s'arrêter de pleurer comme n'être jamais le premier à s'arrêter à applaudir, injonction présente dans l'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne laissant penser que cesser d'applaudir à tout rompre pouvait signifier un moindre attachement aux dirigeants. La manifestation du chagrin, comme de l'enthousiasme, devient une compétition entre les citoyens.

Barthélémy Courmont, professeur de science politique à Hallym University en Corée du Sud, rappelle à Libération que Kim Jong-il «a incarné la résistance acharnée contre l'étranger auprès d'un peuple qui n'a aucune connaissance de ce qui se passe vraiment et qui se sent désormais comme orphelin».


«C'est comme un concours de regards fixes. Regarder fixement. Pleurer. Regarder fixement. Pleurer», avait confié un étudiant nord-coréen à la journaliste du New Yorker, Barbara Demick, auteure de Nothing To Envy, au moment de la mort du père de Kim Jong-il, Kim Il-sung, en 1994 au cours de laquelle des images montrant ce même état d'abasourdissement et d'affliction avaient déjà été diffusées, rappelle le Nouvel Observateur. «Quand on est dans une foule qui pleure, on est poussé également à manifester sa douleur», estime Pierre Rigoulot, spécialiste des régimes communistes, pour Europe 1.

Slate.fr

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