Economie

La bulle chinoise va-t-elle éclater?

Slate.fr, mis à jour le 20.12.2011 à 10 h 53

Un homme descend un escalator dans le quartier d'affaires de Pudong, à Shanghai en 2011. REUTERS/Aly Song

Un homme descend un escalator dans le quartier d'affaires de Pudong, à Shanghai en 2011. REUTERS/Aly Song

Dans les scénarios catastrophe à la mode en cette fin d'année, les économistes viennent d'en ajouter un nouveau: celui d'une crise financière et économique majeure… en Chine.

La grande peur aujourd'hui des conjoncturistes, notamment américains, n'est plus celle d'un éclatement de la zone euro et d'une profonde récession en Europe. Leur scénario catastrophe est pire: c'est celui d'un effondrement de l'économie chinoise, le seul vrai moteur de la croissance mondiale depuis des années.

Le prix Nobel d'économie Paul Krugman pose brutalement la question dans sa chronique du New York Times: la Chine va-t-elle craquer?

Sa démonstration semble imparable. La très forte croissance chinoise a été surtout alimentée au cours des dernières années par l'envolée des prix de l'immobilier elle-même favorisée par l'explosion de crédit qui se faisait non pas au travers des banques traditionnelles mais de nombreux organismes locaux corrompus et échappant à tout contrôle.

Aujourd'hui, les prix de l'immobilier sont en train de se retourner en Chine comme le montre le Financial Times et tous les ingrédients d'une bulle spéculative sur le point d'éclater sont réunis avec les conséquences que l'on imagine, des faillites en chaîne et une crise économique et sociale majeure. Un scénario qui s'est produit au Japon à la fin des années 1980 et aux Etats-Unis en 2007.

L'agence Bloomberg  tire aussi la sonnette d'alarme sur la montagne de dettes accumulée en Chine pour des projets immobiliers pharaoniques qui n'ont aucune chance d'être rentables. Elle souligne que la réalité des chiffres est cachée par les promoteurs, les établissements de crédit et les gouvernements locaux.

Elle chiffre les dettes de 231 organismes chinois de financement locaux à près de 4.000 milliards de yuans, soit plus de 430 milliards d'euros. Et il existe dans toute la Chine 6.576 établissements de crédit locaux… Les provinces et les villes n'ont plus les moyens de finir leurs gigantesques projets sans obtenir de nouveaux crédits et seront pour certaines en cessation de paiement si leur principale source de revenus, la vente de terrains, ne rapporte plus les sommes escomptées.

Le monde peut-il se payer le luxe d'une crise simultanée de la zone euro et de la Chine? Certainement pas, estime Paul Krugman. Il reconnaît qu'il est très difficile de se faire une idée exacte de la situation de l'économie chinoise mais ce qui frappe est la faiblesse de la consommation des ménages comme moteur de la croissance. Elle représente seulement 35% du PIB chinois (le bâtiment et les travaux publics 13%) et cela signifie qu'il n'y a pas de corde de rappel en cas d'éclatement de la bulle immobilière pour soutenir l'activité.

«L'histoire chinoise ressemble juste bien trop aux craquements que nous avons déjà vu ailleurs. Et dans une économie mondiale souffrant déjà du désordre en Europe, n'a vraiment pas besoin d'un nouvel épicentre de crise», écrit Paul Krugman.

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