Le journaliste et écrivain Christopher Hitchens est mort à 62 ans

Christopher Hitchens en 2007 / ensceptico via Flickr CC License By

Les lecteurs de Slate.fr le connaissaient pour ses écrits qui ne laissaient personne indifférent, ou presque. Christopher Hitchens est mort à 62 ans ce jeudi 15 décembre au MD Anderson Cancer Center de Houston, dans le Texas.

Ce journaliste prolifique, figure intellectuelle bien connue du grand public anglo-saxon, et anticonformiste célèbre, a entre autre écrit un best-seller antireligion, Dieu n’est pas grand: comment la religion empoisonne tout.

Hitchens, un contributeur de Vanity Fair et de The Atlantic, et un chroniqueur régulier de Slate.com (retrouvez ses chroniques traduites sur Slate.fr), avait découvert en juin 2010 qu’il avait un cancer de l’œsophage au stade 4, un diagnostic qui avait forcé l’iconoclaste à restreindre son rythme –il fut un temps soutenu– d’apparitions publiques, mais pas à réduire sa prodigieuse production d’essais, articles, et critiques littéraires jusqu’à ses derniers jours.

Lors d’une rare apparition dans ses derniers mois, à la convention de l’alliance athéiste d’Amérique, Hitchens avait concédé qu’il n’avait plus beaucoup de temps devant lui, mais dit qu’il ne comptait pas arrêter de travailler à cause de la détérioration de sa santé: «Je ne vais pas abandonner jusqu’au moment où j’y serai vraiment forcé», avait-il dit, devant une ovation du public.

Hitchens a tenu sa promesse, écrivant des articles pour plusieurs publications pendant ses dernières semaines, sur tout, depuis la politique américaine jusqu’à sa propre mortalité.

En écrivant pour Vanity Fair un article publié quelques jours avant sa mort, Hitchens a réaffirmé qu’il espérait être entièrement conscient et réveillé lors de sa mort, «afin de "voir" la mort dans un sens actif, et non passif», comme il l’avait déjà expliqué à ses lecteurs avant même d’apprendre l’existence de son cancer.

«J’essaye, toujours, de nourrir cette petite flamme de curiosité et de défi: prêt à jouer le jeu jusqu’à la fin et espérant qu’on ne m’épargnera rien de ce qui fait partie d’une vie», écrivait-il.

Né à Portsmouth, en Angleterre, en 1949, Hitchens a étudié à Oxford avant de lancer sa carrière journalistique dans les années 1970 avec les magazines International Socialism et le New Statesman. Au début des années 1980, il a émigré aux Etats-Unis, où il a régulièrement chroniqué pour The Nation pendant vingt ans. Il a quitté le magazine de gauche après s’être fièrement opposé à ses rédacteurs en chef sur la guerre en Irak.

Hitchens a gagné un National Magazine Award pour ses chroniques en 2007, l'année où il est devenu, à 58 ans, citoyen américain. Le site Foreign Policy l'a inclus dans sa liste des 100 figures intellectuelles les plus importantes l'année suivante, et le magazine Forbes dans celle des 25 commentateurs progressistes les plus influents dans les médias américains en 2009, distinction qui a surpris certains étant donné le soutien bruyant d'Hitchens à la «guerre contre la terreur» de George W. Bush.

Il était souvent invité dans des émissions d'information et des débats publics et manquait rarement une occasion de défendre ses positions quand on la lui donnait. Il était l'auteur de pratiquement vingt livres dont certains traduits en français (Dieu n'est pas grand. Comment la religion empoisonne tout, Les Crimes de monsieur Kissinger) et avait récemment publié ses mémoires (Hitch-22: A Memoir) et Arguably, une compilation de ses essais les plus récents.

Hitchens est resté ferme dans sa critique de la religion même quand le pronostic sur sa maladie est devenu sombre. Dans une interview d'août 2010 avec Jeffrey Goldberg, son collègue de The Atlantic, il faisait savoir que, même si d'une manière ou d'une autre, il abjurait son athéisme fervent sur son lit de mort, cette conversion apparente ne serait qu'un geste creux.  

«L'entité qui ferait un tel geste pourrait être une personne divagante et terrifiée dont le cancer a gagné le cerveau», expliquait-il. «Je ne peux garantir qu'une telle entité ne fera pas un geste aussi ridicule. Mais ce ne serait pas quelqu'un que l'on pourrait reconnaître comme moi.»

Vous pourrez lire des éclairages supplémentaires sur l'oeuvre et l'héritage d'Hitchens sur Slate dans les prochaines heures.

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