Culture

André Schiffrin: une Légion d'honneur pour tenter de réparer les torts de la France de Vichy

Temps de lecture : 2 min

 Livres anciens  / Heurtelions via Wikimedia Commons
Livres anciens / Heurtelions via Wikimedia Commons

André Schiffrin, le directeur de la maison d’édition américaine The New Press, a reçu, le 16 novembre, la Légion d’Honneur. Décernée au Consulat de France à New York, elle est le fruit d’un long processus de réconciliation entre la France et Jacques Schiffrin, fondateur de la Pléiade et ami d’André Gide.

Immigré juif ayant fui la Russie, le père, Jacques, arrive en France en 1920 où il commence son activité d’éditeur. Il fonde la Bibliothèque de la Pléiade en 1931 en partenariat avec Gaston Gallimard, puis est rapidement embauché dans sa prestigieuse maison d'édition. Mais, dès le début des années 1940 avec l’avènement du régime de Vichy et l’instauration de lois anti-juives, Jacques Schiffrin est renvoyé sèchement de la maison Gallimard. Sa famille fuit alors à New York, notamment avec l’aide d’André Gide. Et Jacques reprend ses activités dans le monde de l’édition en fondant la maison Pantheon.

Plus tard, André, le fils, embrasse lui aussi une carrière d’éditeur, devenant ainsi le directeur de Pantheon. «Même s'il se sent plus proche du milieu intellectuel britannique que de celui de sa France natale, il publie Foucault, Sartre, Beauvoir et Duras en traduction», rapporte John R. MacArthur, éditeur de Harper's Magazine.

De nombreux écueils viennent pourtant entraver sa carrière, indique ce dernier:

«Malheureusement, les courants de l'édition américaine vont contre la sensibilité indépendante et gauchiste d'André; il est confronté au durcissement et à la stupidité de la direction de Random House (propriétaire de Pantheon)»

Cela ne le décourage pas pour autant:

«Indomptable comme son père, André ne se réfugie pas dans l'apitoiement: après sa démission forcée de Pantheon en 1990, il retrousse ses manches et fonde une maison d'édition à but non lucratif, The New Press».

En 2003, André Schiffrin est revenu en France pour continuer ses activités d'éditeur. Aussi est-il devenu depuis de nombreuses années, un fervent défenseur des maisons d’édition indépendantes face à l’emprise des conglomérats, comme l’explique Milenio, site mexicain d’information.

Par ailleurs, en 2007, il publie un livre, Allers-retours [Editions Liana Lévi], où il fait le récit de son voyage initiatique aux Etats-Unis, à l'âge de 6 ans, avec ses parents. Puis son séjour en France, à l’âge de 13 ans, où il rencontre les amis de son père. Parmi eux, Gaston Gallimard, pour lequel il éprouve de la sympathie alors même qu'il avait renvoyé son père:

«Devant de telles attaques [venant de la droite antisémite], on imagine le soulagement de Gaston quand on lui a offert la chance de continuer à publier, quitte à licencier certains de ses meilleurs employés et à laisser les Allemands s'emparer de sa revue vedette [La nouvelle revue française]. Il faut reconnaître que beaucoup d'éditeurs se sont conduits de façon bien pire.»

Si la légion d'honneur ne peut être remise à titre posthume, «il est évident que la France voulait reconnaître le tort commis contre Jacques en même temps qu'elle voulait honorer André», souligne John R. MacArthur.

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