Monde

Les 500 musulmans qui comptent ne sont pas vraiment révolutionnaires

Temps de lecture : 2 min

Couverture de l'enquête RISSC, 2011
Couverture de l'enquête RISSC, 2011

La liste est suffisamment longue pour inclure des représentants de tous les pays musulmans et ne fâcher (presque) personne. Pour la troisième année consécutive, The Royal Islamic Strategic Studies Centre (RISCC) publie les noms et portraits des 500 musulmans les plus influents du monde.

C’est Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, le roi d’Arabie Saoudite qui remporte la palme devant le monarque marocain, Mohammed VI. Viennent ensuite le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan (3ème), le roi Abdullah II ben Al Hussein de Jordanie (4ème), l’Ayatollah Ali Khamenei, leader suprême de la république islamique d’Iran (5ème), l’Emir du Qatar, Sheikh Hamad ben Khalifa Al Thani (6ème), le grand Imam de la Mosquée d’Al-Azhar, Ahmad Muhammad Al Tayyeb (7ème), Mohammed Badie, guide suprême des Frères musulmans (8ème), Qaboos ben Sa’id Aal Sa’id, le sultan d’Oman (9ème) et enfin en dixième position, le grand Ayatollah Sayyid Ali Hussein Sistani, en Irak

Ce palmarès fait la part belle aux monarques et théologiens, pas nécessairement aux personnalités les plus réputées, ou les plus aimées. Selon le RISSC, basé à Amman, on ne peut nier l’ «influence dominante et durable (…et) l’ impact soit négatif soit positif» de ces personnalités sur l’Oumma, «la communauté musulmane mondiale» qui compte 1,6 milliard de personnes, soit un cinquième de la population du globe.

«Comment mesurer cette influence est l’aspect le plus difficile » de ce travail et celui sur lequel les «avis divergent» largement. Le palmarès donne «plus de poids à l’accomplissement de toute une vie plutôt qu’aux résultats remportés durant l’année en cours». Et ne compte que trois femmes parmi les 50 premiers noms.

Tout en rappelant les paroles du Prophète selon lesquelles «il est interdit de mener une révolution contre un chef s’il est légitime», le RISSC tient compte des printemps arabes. Ainsi le palmarès mentionne Wael Ghoneim, l’employé de Google et auteur de la page Facebook qui a appelé aux manifestations de la place Tahrir en Egypte. Mais, surtout, cette édition 2011 rappelle les positions et actions de chacun des 50 top leaders musulmans à l'égard des printemps arabes. Pour le numéro 5, l’Ayatollah Khamenei, on lit que celui-ci a fortement «soutenu les manifestants du Bahrein mais a pris le parti du gouvernement en Syrie. Ce double standard lui a fait perdre de la crédibilité dans le monde arabe sunni mais il garde cependant de l’influence chez les Chiites arabes irakiens. Qui plus est, (Khamenei) a usé de la force pour éradiquer les manifestations dans son propre pays».

Journaliste et bloggeur à Reuters, Tom Heneghan semble dubitatif quant au résultat de ce palmarès. Il s’en est ouvert à l’un de ses auteurs, un professeur basé au Caire. «Si vous vous fiez aux seuls médias occidentaux», vous aurez le sentiment que seuls les «terroristes sont des musulmans remarquables» lui a répondu ce dernier. Ce qui est sûr c’est que «chez les musulmans, le pouvoir est souvent tout à la fois religieux et politique», ce qui veut dire que les «chefs d’Etat ont souvent plus d’influence que ne le croient les non-musulmans».

Tom Heneghan aurait bien vu le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, prendre la tête du Palmarès, à la place du Roi d’Arabie saoudite. Qu’à cela ne tienne, il propose à ses lecteurs de choisir qui d’entre le Saoudien ou le Turc –sans oublier l’Emir du Qatar, est le «musulman le plus influent en 2011». Les lecteurs peuvent voter.

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