Economie

Dix ans après, faut-il réhabiliter Enron?

Slate.fr, mis à jour le 02.12.2011 à 18 h 54

L'affaire Enron en spectacle à Broadway, le 09 mars 2010.  REUTERS/Lucas Jackson

L'affaire Enron en spectacle à Broadway, le 09 mars 2010. REUTERS/Lucas Jackson

Début décembre 2001, après un énorme scandale financier, la société américaine Enron fait faillite, et ses dirigeants, notamment son président Kenneth Lay sont envoyés en prison. Dans un article sur CNBC, le journaliste Scott Cohn revient sur cette affaire devenue 10 plus tard «le symbole de la fraude d’entreprise» aux Etats-Unis.

Enron, l’une des plus grandes multinationales des Etats-Unis par sa capitalisation boursière à l’époque, avait créé en interne de nombreuses sociétés écrans afin de maquiller ses comptes et de pouvoir emprunter de l’argent sans que cela n’apparaisse dans ses bilans.

Mais à la suite de l’éclatement de la bulle internet en 2001 selon CBS News, les nombreuses pertes occasionnées sur des opérations spéculatives font que le vaste système de fraude est révélé. Les dirigeants sont alors traduits en justice, et Enron fait faillite.

Après des années de silence, F. Scott Yeager, l’un des douze chefs exécutifs du groupe finalement innocenté en 2009, espère faire changer un peu l’image faussée que la population américaine se fait d’Enron comme l’explique CNBC:

«Je pense que cette perception – et je l’appellerai le mythe Enron- est très implantée dans le pays. Et elle est complètement fausse et inexacte.»

Yeager était l’un des dirigeants du département Enron Broadband Services (EBS), que les juges ont accusé de représenter l'archétype même des fraudes de la société. Selon ces derniers les chefs de ce service étaient en effet coupables d’avoir trompé les investisseurs en surévaluant leurs futurs résultats au moment où la bulle internet était à son plus haut niveau.

Au moment de l’affaire, Yeager a alors été accusé de conspiration pour avoir vendu des nouvelles technologies en informatique, comme par exemple le «cloud computing» ou le principe des «vidéoconférence», tout en sachant qu’elles ne fonctionnaient pas.

Pour lui, ces innovations «marchaient vraiment. Et de multiples façons». Il ajoute alors « j’étais à New York, et je les ai vu marcher. J’étais à San Francisco et je les ai vu marcher». Et selon CNBC, une vidéo réalisée en 2000 montre par exemple que le concept de «vidéoconférence» a bien été développé par Enron, «Enron Communications est en train de changer la manière de communiquer dans le monde» entend-on dans le film.

Finalement, seulement cinq des douze dirigeants du groupe plaideront coupables pour réduire les charges selon CNBC. S’il ne remet pas en question les accusations concernant la manipulation des comptes, volet de l’affaire qui ne le concernait pas, Yeager déplore que ce scandale ait jeté dans l’oubli tous ceux qui travaillaient honnêtement chez Enron:

«Il y avait des dizaines de milliers de très bons employés, des gens honnêtes, vraiment bien, qui étaient fiers de travailler pour Enron, et de bosser dur sur plein d’innovations différentes, que EBS, notre groupe, encadrait comme beaucoup d’autres services.»

Pour Yeager, les juges ont fait pression, un sentiment partagé par Beth Stier, productrice de films à Houston ayant travaillé comme sous-traitant pour Enron. Comme l'explique CNBC, elle veut avec son site ungagged.net parler «de l’autre aspect de l’histoire d’Enron», c’est-à-dire de la corruption de la justice au moment des procès des différents dirigeants de l'entreprise…Comme quoi, dix ans après ce scandale suscite toujours autant le débat.

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