Culture

Le prix Pulitzer pourrait être décerné pour un tweet

Temps de lecture : 2 min

La page d'accueil d'une timeline sur Twitter Robert Neff via Flickr CC License by

Le prix Pulitzer, le Graal du journalisme américain, considérant qu'il «serait dommage qu'un événément survenant à 8h ne soit récompensé que par sa couverture par un journal le lendemain» modifie ses critères de sélection pour la catégorie «Breaking News» et admet désormais que les élements sélectionnés «aussi vite que possible, rendent compte des événements qui se passent en temps réel, et, au fur et à mesure, contextualiser et développer à partir du reportage initial».

Twitter et son dérivé, le live-tweet d'événements en temps réel, pourraient bien faire partie des prochains récompensés, imagine le Nieman Lab. Ce laboratoire qui réfléchit aux évolutions du journalisme pointe que ce changement pourrait intervenir alors qu'en 2011, la catégorie n'avait récompensé personne, alors même que le Chicago Tribune et le Miami Herald y concouraient.

Joe Flint, du Los Angeles Times, l'expliquait en mai: «Les gens utilisent Twitter pour diffuser des nouvelles, pas pour les donner.» Il prenait l'exemple de la mort de Ben Laden (le 1er mai). Tard ce dimanche soir-là, la Maison Blanche annonce, sur l'ensemble des chaînes télévisées, que le président Obama va prendre la parole.

Les spéculations vont alors bon train sur le réseau social, imaginant la nouvelle qui pourrait valoir l'interruption des programmes télévisés. C'est alors qu'un ancien conseiller au département de la Défense Keith Urban tweete qu'il se pourrait que Ben Laden ait été tué, tout en précisant qu'il ne s'agit que d'une rumeur. Un tweet posté avant même ceux des principaux médias américains.

Ce n'est que plus tard qu'on découvrira qu'un résident pakistanais, Sohaib Athar, vivant près du lieu du raid, tweetait à ce sujet, alors même qu'il ne savait absolument pas ce qui se passait. Sohaib Athar pourrait-il remporter le prix Pulitzer? Après tout, il a été le premier à rapporter l'information, en temps réel. «On a l'impression qu'être sur Twitter fait de chacun un reporter, mais on doit reconnaître qu'il y a une diffèrence entre les simples utilisateurs de Twitter et les médias qui mettent leur réputation en jeu à chaque tweet», précise Joe Flint.

Si le prix Pulitzer était remporté par un journaliste utilisant Twitter, qui cela pourrait-il être? Pour Matthew Ingram de Gigaom, le choix du jury devrait se porter sur le journaliste de la National Public Radio (NPR), Andy Carvin, dont le compte s'est, au moment des événements du printemps arabe, transformé en fil d'informations continu. «Bien que beaucoup critiquent Twitter pour avoir diffusé des informations non vérifiées, Andy Carvin s'est montré rigoureux sur la vérification (fact-checking) et la connaissance des acteurs sur place», estime-t-il.

Toutefois, ce qui pourrait rendre inéligible certains utilisateurs de Twitter est la mention de la nécessité de «reportage sur le terrain» (local reporting). Twitter est souvent utilisé pour agréger des informations qui viennent du terrain sans y être nécessairement. Le journaliste Brian Stelter du New York Times, qui couvre d'habitude l'actualité du secteur télévisuel, remplit les deux critères en ayant largement utilisé son compte Twitter et son Tumblr pour couvrir une tornade dans le Missouri et les réactions des habitants de la ville de Joplin.

Slate.fr

Newsletters

«Endgame»: laissons mourir les Avengers

«Endgame»: laissons mourir les Avengers

Le dernier opus des studios Marvel est symptomatique d'une société qui veut effacer la mort et d'une industrie qui cherche à tuer la fin pour exploiter au maximum un fructueux filon.

«Que Sea Ley», quand l'Argentine se révolte pour accéder à l'IVG

«Que Sea Ley», quand l'Argentine se révolte pour accéder à l'IVG

Présenté à Cannes, le documentaire argentin explique en quoi interdire l'interruption volontaire de grossesse revient à piétiner la dignité des femmes. Et à les mettre en danger.

«Tanguy, le retour» est une caricature

«Tanguy, le retour» est une caricature

Ce second film, comme le premier, véhicule l'image stigmatisante d'une jeunesse irresponsable qui chercherait à profiter de façon indue des avantages que peut lui procurer la société.

Newsletters