Monde

Etre noir a fait perdre 6,5 millions de voix à Obama

Slate.fr, mis à jour le 02.12.2011 à 9 h 49

Barack Obama à Chicago, le 3 août 2011. REUTERS/Jim Young

Barack Obama à Chicago, le 3 août 2011. REUTERS/Jim Young

Une nouvelle étude révèle qu’en 2008, lors de l'élection présidentielle aux Etats-Unis, Barack Obama a perdu de nombreuses voix parce qu’il était noir. C’est en effet ce que nous apprend le magazine mensuel American Prospect qui évoque un phénomène assez courant lors d’élections politiques aux Etats-Unis: le décalage souvent observé entre les sondages électoraux et les résultats effectifs quand un candidat blanc est opposé à un candidat non blanc (noir, hispanique ou autre).

Ce phénomène n’est autre que «l’effet Bradley», du nom d’un homme politique afro-américain qui perdit en 1982 l’élection au poste de gouverneur de Californie, à la surprise générale, puisqu’il était largement en tête dans tous les sondages. Cet effet reflète une tendance des personnes sondées qui déclarent soit être indécises soit vouloir voter pour le candidat noir ou issu d’une minorité ethnique, mais qui finalement, le jour du vote, préfèrent le candidat blanc.

Alors qu’Obama était encore en campagne pour les primaires démocrates, de nombreux analystes politiques aux Etats-Unis craignaient que cet «effet Bradley» ne se vérifie encore une fois le jour de l'élection présidentielle. Comme on le sait, Obama a été triomphalement élu en 2008, avec une solide majorité au vote populaire, comme le rappelle CNN. Mais le plus étonnant, c’est qu’Obama a même eu plus de succès auprès des électeurs blancs que les démocrates John Kerry en 2004 et Al Gore en 2000 selon American Prospect.

Toutefois, explique Stephens Davidowitz, professeur de sciences politiques à l’université d’Harvard, cela ne veut pas dire que les opinions racistes n’ont pas fait jouer à la baisse le nombre de votes favorables à Obama. Dans une nouvelle étude publiée fin novembre, Stephens Davidowitz montre en effet que si Obama avait été blanc, il aurait obtenu 5% de voix en plus, soit 6,5 millions de votants.

Pour contrer le fameux «effet Bradley», inhérent à tous les sondages sur les intentions de vote, puisque les réponses des interrogés sont souvent biaisées par la peur de révéler ses vraies opinions, le chercheur a plutôt utilisé les données des requêtes Google, et se justifie de cette manière:

«Les mesures des penchants racistes reposant sur Google sont moins sujettes à la censure sociale que les sondages: les utilisateurs de Google sur Internet sont le plus souvent isolé, ce qui rend plus facile l’expression des tabous sociaux. De plus, les gens se disent plus disposés à parler avec Google.»

Stephen-Davidowitz a ainsi mesuré pour certaines régions des Etats-Unis le nombre de quelques requêtes, révélatrices d’une forme de racisme comme «nègres» ou «nègre», tout en se limitant aux données de 2004 à 2007. Et selon lui les résultats sont édifiants:

«Une augmentation d’un point d’écart type dans une zone plus raciste est liée à une baisse de 1,5 point de pourcentage des votes en faveur d’Obama, en contrôlant avec les votes de John Kerry.»

En d’autres termes, si on compare les zones les moins racistes avec celles qui le sont le plus, ces dernières ont diminué de 3 à 5 points de pourcentage les soutiens pour Obama lors du vote populaire. Ainsi Obama aurait-il obtenu entre 56,7% et 58,7 % des voix à l’échelle nationale (contre 52,9%) si les Etats-Unis étaient aussi tolérants que les zones les plus tolérantes du pays comme le remarque American Prospect.

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