France

Arnaud Montebourg se défend d'être germanophobe

Slate.fr, mis à jour le 01.12.2011 à 16 h 25

La statue de Bismarck / Madame Toussaud's Berlin/Yaisog Bonegnasher via Flickr CC License by

La statue de Bismarck / Madame Toussaud's Berlin/Yaisog Bonegnasher via Flickr CC License by

Arnaud Montebourg a lancé une violente attaque contre la politique de la chancelière allemande Angela Merkel lors de l’émission politique Questions d’infos sur LCP en partenariat avec l’AFP, France Info et Le Monde mercredi 30 novembre.

Interrogé sur les moyens de sauver l’euro, le président du conseil général de Saône-et-Loire s’est emporté contre le refus allemand de faire «ce que font toutes les banques centrales au monde dans une situation comme la nôtre», à savoir que la «banque centrale rachète les dettes pour rendre indolore le remboursement»:

«C’est ce que refuse obstinément madame Merkel qui a décidé d’imposer à l’Union européenne et à la zone euro un ordre allemand. C’est l’importation des exigences, des diktats allemands sur ce qui restera de la zone euro après expulsé les pays qui ne peuvent pas s’en sortir. […]

Pour moi, la question du nationalisme allemand est en train de ressurgir à travers la politique à la Bismarck de madame Merkel, et j’emploie là une expression qu’a employée le président du SPD devant le bureau national socialiste il y a quelques mois. Ça veut dire qu’elle construit la confrontation pour imposer sa domination. Le moment est venu d’assumer la confrontation politique face à l’Allemagne et de défendre nos valeurs.»

Relevant le vocabulaire employé par Arnaud Montebourg, un des journalistes, Frédéric Haziza (LCP), lui fait remarquer que l’«on n’est pas en 1939 là quand même», ce à quoi le troisième homme de la primaire socialiste répond:

«Si l’Allemagne réussit à imposer la cure grecque à tous les pays européens y compris la France, vous aurez la montée des nationalismes, du populisme dans tous les pays et des extrêmes droites.»

Des propos qui ont fait réagir Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe Verts au parlement européen, dans une interview au Parisien:

«Il faut se calmer. [...] Ce type de déclaration à la hussarde a des relents de nationalisme. [...] Montebourg sombre dans le nationalisme au clairon qui ne sert qu’à raviver des sentiments qu’on croyait définitivement derrière nous. C’est du mauvais cocorico. Il fait du Front national à gauche.»

Interrogé sur l’éventuel retour d’un sentiment anti-allemand, Daniel Cohn-Bendit répond:

«Oui. Avec la crise, je crains une mobilisation germanophobe. […] Je note que les dirigeants allemands sont beaucoup plus prudents dans leurs critiques l’égard de la France. La grandiloquence française, ils évitent.»

Sur son blog «Les coulisses de Bruxelles», le journaliste de Libération Jean Quatremer estime que Cohn-Bendit «a dit ce qu'il fallait dire»:

«Invoquer les mânes de Bismarck, le fondateur du Reich allemand, c’est flatter la germanophobie latente qui existe encore en France, exactement comme d’autres le font avec l’antisémitisme. On est même au-delà du sifflet à ultra-son qu’aimait utiliser Jean-Marie Le Pen lorsqu’il parlait de “point de détail” à propos du génocide. Dénoncer le “nationalisme allemand” est non seulement d’une bêtise sans nom, mais montre une profonde méconnaissance de l’Allemagne moderne.»

Les critiques n'ont pas fait changer d’avis Arnaud Montebourg, qui argumente sa comparaison avec Bismarck dans un billet sur son blog jeudi 1er décembre, rappelant que ce dernier, «premier Chancelier de la Confédération Allemande qui réalisa l’unité de l’ Allemagne, créa les assurances sociales et fit la guerre à la France en 1870», tout en démentant être «germanophobe»:

«Bismarck fit le choix politique de réunifier les principautés allemandes en cherchant à dominer les pays européens, particulièrement la France. Dans une similitude frappante, la Chancelière Angela Merkel cherche à régler ses problèmes intérieurs en imposant l’ordre économique et financier des conservateurs allemands à tout le reste de l’Europe. La vieille politique d’expansion et de puissance dans l’ordre territorial s’est aujourd’hui portée sur le terrain de la domination économique.»

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