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Quand le gouvernement Blair pistonnait Seif al-Islam pour qu’il entre à Oxford

Slate.fr, mis à jour le 01.12.2011 à 12 h 18

Saif al Islam Kadhafi, le 5 mai 2010. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Saif al Islam Kadhafi, le 5 mai 2010. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Oxford plus résistante à la pression que la London School of Economics? Le ministère britannique des Affaires étrangères aurait essayé de pistonner Seif al-Islam, le le fils longtemps considéré comme héritier de Mouammar Kadhafi, pour qu'il entre dans la célèbre université. Le gouvernement Blair était apparemment soucieux de réchauffer les relations diplomatiques entre la Grande-Bretagne et la Libye, révèle un rapport de Lord Woolf dont le Guardian relaie les principales conclusions. 

A l'été 2002, le professeur Valpy FitzGerald aurait reçu un coup de fil du Foreign Office lui demandant si Seif al-Islam pouvait être admis en master d'économie du développement, mais au vu des qualifications du principal intéressé, sa demande fut rejetée. «J'avais compris que le Foreign Office aurait apprécié cette aide alors que la Libye s'ouvrait de nouveau à l'Occident», affirme Valpy FitzGerald, cité dans le rapport. Il refusa cette candidature qui «avait peu de chances de passer, Seif al-Islam ne disposant d'acquis prérequis en sciences sociales».

Il fut ensuite en revanche accepté à la LSE en philosophie, mais pas en politiques publiques comme il le demandait. La LSE a été surnommée par certains la «Libyan School of Economics» après le don d'un million et demi de livres reçu par l'université ou la signature d'un contrat pour former des fonctionnaires libyens.

La médiatisation de cette donation avait conduit à la démission du directeur de l'université, Howard Davies. L'origine de la donation de la fondation de Seif al-Islam (Gaddafi International Charity and Development Foundation) à la LSE est également l'objet de suspicions autour d'un conflit d'intérêts; il pourrait provenir de pots-de-vin de trois entreprises turque, italienne et écossaise, attirées par les opportunités économiques en Libye.

Par ailleurs, le rapport souligne la connivence entre un professeur de la LSE, David Held, et Seif al-Islam dont l'argent donné à la LSE devait servir à l'édification d'un centre de recherches sur la gouvernance mondiale (Center for Global Governance) qu'il dirigerait. Le don d'un million et demi de livres devait être remis en tranches de 300.000 livres sur cinq ans.

Les félicitations de Tony Blair

Jusqu'à maintenant, la LSE n'a reçu qu'un cinquième de la promesse de don, qui est aujourd'hui compromise avec l'arrestation de Seif al-Islam par les rebelles libyens et son prochain jugement. En conclusion, Lord Woolf a estimé que la protection de l'intégrité intellectuelle devra être mieux assurée des intérêts - parfois divergents - des donateurs privés. Pour l'anecdote, la thèse de Seif al-Islam Kadhafi, au sujet de laquelle le plagiat a été évoqué, portait sur le rôle de la société civile dans le processus de démocratisation des institutions de gouvernance globale.

The Independant rapporte également qu'en mai 2007, le fils de Mouammar Kadhafi avait reçu une lettre de Tony Blair le remerciant de lui avoir fait parvenir son «intéressante thèse» et lui faisant part d'autres projets liant entreprises, société civile et policitiens «qui pourraient vous aider dans vos études».

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