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Une grippe de labo qui pourrait tuer des millions de personnes

un échantillon de sang de dindon en Roumanie, REUTERS/Bogdan Cristel

un échantillon de sang de dindon en Roumanie, REUTERS/Bogdan Cristel

Des recherches en laboratoire sur des virus inconnus et hautement pathogènes tournent mal provoquant une pandémie meurtrière qui décime l'humanité. C'est là un scénario bien connu des fans de films d’anticipation et autres films catastrophes.

C'est précisément pour éviter un tel scénario qu’un comité sur la biosécurité américain est en train d’évaluer si des recherches sur le virus A(H5N1), responsable de la «grippe aviaire», devraient être ou non publiées, rapporte le magazine New Scientist.

Les travaux de Ron Fouchier du centre médical Erasmus à Rotterdam ont en effet identifié des mutations spécifiques du virus qui le rendraient beaucoup plus contagieux et dangereux pour l'espèce humaine.

Aujourd'hui le A(H5N1) tue plus de la moitié des personnes qu’il infecte mais ne se transmet pas facilement d'une personne à une autre. Ron Foucher a toutefois expliqué dans le cadre d'une conférence scientifique sur la grippe organisée à Malte en septembre qu’en effectuant deux mutations sur le virus pour l’«adapter» aux mammifères (en infectant à plusieurs reprises des furets, un très bon modèle expérimental) il obtenait une nouvelle souche virale. Une souche toujours aussi mortelle, mais désormais capable de se transmettre aisément d'homme à homme via de simples gouttelettes en suspension dans l’air.

Les travaux ont été soumis pour publication à la prestigieuse revue scientifique américaine Science, mais le manuscrit est maintenant entre les mains du National Science Advisory Board for Biosecurity, un comité de chercheurs qui donne des avis non contraignants mais influents sur les possibles «menaces biologiques» soulevées par de telles recherches.

Pour Thomas Ingelsby du centre de biosécurité de l’université de Pittsburgh, publier ces travaux comporte plus de risques que de bénéfices: quelqu’un pourrait par exemple les détourner pour en faire une arme biologique. Autre scénario, encore plus probable selon lui: d’autres scientifiques se mettraient à travailler avec le virus ainsi modifié, ce qui augmenterait les risques d’un accident qui verrait le virus sortir d’un laboratoire. Il existe des précédents: un virus grippal bénin A(H1N1) s’est échappé d’un laboratoire (russse ou chinois) en 1977.

Mais tous les chercheurs ne sont pas de cet avis. Pour Daniel Perez de l’université du Maryland, publier les travaux entraînera au contraire plus de biosécurité: cela fera avancer les connaissances sur le A(H5N1). Le blog Science Insider de la revue Science rapporte les propos de Michael Osterholm, directeur du Centre de recherche sur les maladies infectieuses de l’université du Minnesota:

«Ces recherches sont très importantes. [Elles] ont le soutien total de la communauté des chercheurs sur la grippe.»

Selon lui, les résultats montrent notamment qu’il faut arrêter de sous-estimer les risques d’une pandémie qui naîtrait de l'actuelle épizootie de «grippe aviaire».

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