Economie

Occupy Wall Street: l'année 2012 ressemblera-t-elle à 1968?

Slate.fr, mis à jour le 29.11.2011 à 15 h 59

Des manifestants du mouvement OWSà New York, le 5 octobre 2011. David_Shankbone via Flickr CC License by

Des manifestants du mouvement OWSà New York, le 5 octobre 2011. David_Shankbone via Flickr CC License by

Le mouvement d’Occupy Wall Street est-il comparable à la vague de protestations qui a profondément ébranlé les Etats-Unis en 1968 (manifestations contre la guerre du Vietnam, mouvement des droits civiques)? C’est la question que pose le journaliste John Heilemann du New York Magazine qui a réalisé une enquête auprès de nombreux activistes du mouvement de contestation né à New York en septembre 2011. Selon lui, la ressemblance avec les événements de 1968 aux Etats-Unis pourrait se trouver dans la capacité des protestations actuelles à perturber l'élection présidentielle de 2012.

John Heilemann rappelle en premier lieu que les manifestations pacifiques à New York ont pris une ampleur qui n’est pas si éloignée de celle du déferlement contestataire mondial de 1968. Occupy Wall Street a en effet déjà remporté quelques victoires marquantes: le mouvement s’est répandu dans plus de 900 villes dans le monde et les slogans comme «Nous sommes les 99%» resteront gravés pendant longtemps dans les mémoires.

L’absence de leader affiché est aussi un point qui rapproche Occupy Wall Street des événements de 1968. Tout comme à la fin des années 1960, la vague de protestation actuelle est guidée par les mêmes préceptes: hostilité envers l’autorité et la hiérarchie et amour du consensus. Et dans ces conditions, explique John Heilemann, il est impossible de désigner un chef pour le mouvement new-yorkais.

Toutefois, le New York Magazine note que contrairement aux mouvements sociaux des années 1960 qui sont restés pendant plusieurs années très mal perçus par une majorité d’Américains, Occupy Wall Street a obtenu très vite le soutien d’une très grande partie de la population. Début novembre, un sondage du Wall Street Journal montre en effet que près de trois quarts des Américains pensent que le système économique est injuste et que le pouvoir des banques devrait être diminué. Résultat, comme l’explique Todd Gitlin, professeur d’histoire à l’université de Columbia:

«Cela a pris trois ans du début du mouvement contre la guerre du Vietnam jusqu’au moment où le soutien en faveur de la guerre est descendu sous la barre des 50%. Ici, la même chose a été faite en trois minutes.»

Peut-être que sur la question des revendications les deux mouvements se distinguent aussi, se demande alors John Heilemann. Pendant longtemps les médias américains ont reproché à Occupy Wall Street son manque d’objectifs concrets. Cependant Todd Gitlin rappelle que les manifestants en 1968 étaient tout aussi vagues:

«Le mouvement estudiantin qui a suivi le mouvement pour les droits civiques, […], c’était, “Qu’est-ce que vous voulez? La liberté! Pour quand? Maintenant!”. Est-ce que c’est un programme politique ça? La liberté?»

En tout cas, ce qui est clair, remarque le New York Magazine, c’est que beaucoup d'activistes se disent frustrés par le mandat d’Obama. Alors que les manifestants sont nombreux à vouloir se rendre à Washington pour lancer le mouvement «Occupy Congress», les analystes politiques pensent de plus en plus qu’OWS devient «le fruit pourri de l’Obamaïsme» selon le New York Magazine.

Pour John Heilemann, c’est sur ce point que le mouvement actuel se rapproche le plus des agitations de 1968: son expansion pourrait réduire les chances de réélection de Barack Obama et servir les républicains, tout comme en 1968 les troubles politiques ont servi le futur président républicain Nixon, qui a été élu en misant sur la lassitude de la «majorité silencieuse» vis-à-vis de la contre-culture protestataire.

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