Monde

Pas facile d'être la fille de Staline

Temps de lecture : 2 min

Joseph Staline et sa fille Svetlana en 1935, via Wikimedia Commons

La seule fille de Joseph Staline est morte à 85 ans le 22 novembre d'un cancer du colon, a-t-on appris ce lundi 28 d'un responsable de Richland, le conté du Wisconsin où elle vivait depuis des années. Svetlana Stalinya aura passé sa vie à essayer de faire oublier qu'elle était la fille du Petit père des peuples.

Née Svetlana Stalinya en 1926, elle a ensuite pris le nom de famille de sa mère, Alliluyeva, à la mort de son père en 1953. En 1970, après sa défection pour les Etats-Unis et son mariage avec un Américain, elle est devenue Lana Peters, pour le reste de sa vie, relate le New York Times.

Celle qui a un jour dit «on ne peut pas regretter son destin, même si je regrette que ma mère n'ait pas épousé un charpentier», avait une relation compliquée avec son père.

Aimante, d'abord, dans son enfance, quand celui qui, à la tête du Politburo soviétique, a fait persécuter et exécuter des millions de personnes, l'appelait «petit moineau», était très affectueux et la couvrait de cadeaux –dont des films américains.

La petite Svetlana a grandi comme une star dans son pays: des milliers de bébés ont porté son nom, ainsi qu'un parfum. Mais sa mère –la deuxième femme de Staline– s'est suicidée alors que Svetlana avait 6 ans. On dit à l'enfant que Nadezhda Alliluyeva était morte d'une crise d'appendicite, et elle n'apprit ce qui s'était vraiment passé que dix ans plus tard.

Son adolescence correspond avec la Seconde Guerre mondiale. Un des frères de Svetlana, Yakov, fut capturé par les Nazis, qui proposèrent un échange contre un général allemand. Staline refusa, Yakov fut exécuté.

Un journaliste du Wisconsin, qui a interviewé Lana-Svetlana à de nombreuses reprises lors de sa vie dans l'Etat américain, raconte ainsi une visite, en 2010, dans son appartement, où il y avait de nombreuses photos de famille, mais aucune de Joseph Staline:

Je lui demandai: «Est-ce que vous pensez que votre père vous aimait?»

«Oh oui», répondit-elle. «Je ressemblais à ma mère. J'avais ces cheveux roux, que j'ai toujours. Je ne les teins pas, ce sont mes cheveux. J'ai des taches de rousseur partout, comme elle.»

Elle continua, «c'était un homme très simple. Très malpoli. Très cruel. Il n'y avait rien chez lui qui soit complexe.»

Je lui demandai: «Est-ce que vous pensez souvent à lui?»

«Non», dit-elle. «Il a brisé ma vie. Il a brisé ma vie deux fois.»

La première fois en envoyant son premier amour dans un camp de travail, la seconde en refusant de la laisser étudier l'art.

Lors de la première rencontre entre le journaliste et Lana Peters, qui avant de s'installer aux Etats-Unis a parcouru le monde, habitant en Inde, en Europe, de nouveau à Moscou avant de repartir pour l'Europe et l'Amérique, celle-ci lui avait dit:

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«Où que j'aille, ici, en Suisse, en Inde, ou n'importe où, en Australie, sur une île. Je serai toujours une prisonnière politique du nom de mon père.»

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