Monde

Vénale, irrationnelle: les féministes égyptiennes en ont marre des caricatures

Slate.fr, mis à jour le 28.11.2011 à 15 h 15

La femme est vénale et irrationnelle. C’est contre cette image dégradante véhiculée par les caricatures dans la presse égyptienne que des organisation féministes manifestent leur colère. «C’est une décadence artistique […] Certains caricaturistes choisissent le chemin le plus facile en ridiculisant tout ce qui a trait à la femme», estime l’illustrateur Walid Taher à l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram qui fait également part d’une étude menée sur le sujet par le département de communication d’une université égyptienne.

«Il existe des stéréotypes sur les femmes que les caricaturistes tentent de commercialiser. La vision de la majorité est encore axée sur le corps de la femme et ses rondeurs», avertit l'auteure de l'étude, Assmaa Fouad. Dans ce cas, la caricature, souvent considérée comme un objet artistique tournant en dérision le pouvoir en place, se veut plus réactionnaire que progressiste. Une tradition de la caricature très présente en Egypte comme le souligne Yves Gonzalez-Quijano, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient.

Les caricaturistes, qui sont principalement des hommes, avancent qu'il existe une différence entre leurs pensées et ce qu'ils dessinent dans la presse.

Mais les organisations défendant les droits de la femme estiment que les caricaturistes n'ont pas conscience de la portée réductrice de leurs caricatures, présentant la femme comme une personne qui devrait uniquement être une bonne épouse et une bonne mère.

Bahaa-Eddin Mazid, universitaire à la South Valley University en Egypte, a décrypté une caricature d'un journal égyptien en 2000, mettant en scène une proposition de mariage entre un homme à l'allure d'un business man et une femme particulièrement dévêtue et avec des formes avantageuses. L'homme, pour autant, paraît peu intéressé par la demande en mariage et lui répond qu'il est végétarien.

La caricature étonne, voire choque, car, dans la société égyptienne, c'est l'homme qui demandera une femme en mariage. Par ailleurs, la raison de son refus paraît suspecte et renvoie à l'impression de «morceau de viande» que dégage la femme. Ainsi, en associant habitudes alimentaires et situation maritale, le caricaturiste pointe le refus de l'homme de céder à un mariage qui ne serait fait que de relations charnelles.

Une des seules femmes caricaturistes égyptiennes, Doaa Sultan, préfère à l'hypothèse de la misogynie celle d'un conflit générationnel entre une génération des années 1960 et 1970 plus ouverte d'esprit et une génération des années 1980 et 1990 qui tend à déformer l'image de la femme, souvent par facilité.

Certaines féministes proposent d’ailleurs l’organisation de stages sur les droits de l’homme et de la femme pour sensibiliser les caricaturistes sur les différents obstacles que rencontrent quotidiennement les femmes égyptiennes.

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