Monde

La Syrie utilise des logiciels américains pour surveiller les activistes

Slate.fr, mis à jour le 25.11.2011 à 17 h 05

Des manifestants se rassemblent à Palmyre en Syrie, le 18 novembre 2011. REUTERS/Handout .

Des manifestants se rassemblent à Palmyre en Syrie, le 18 novembre 2011. REUTERS/Handout .

Alors que de nombreux activistes en Syrie utilisent les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter pour organiser les manifestations, le régime de Bachard el-Assad se sert aussi de logiciels informatiques conçus aux Etats-Unis pour contrer les protestataires. C’est en effet ce que révèle Wired, qui rapporte qu’un logiciel conçu par le groupe Helwett Packard (HP) basé à Palo-Alto en Californie et NetApp, une entreprise de stockage de la Silicone Valley, a été utilisé par le gouvernement syrien pour mettre au point un système de surveillance permettant d’avoir accès aux mails de n’importe qui dans le pays.

Wired explique que ce système informatique qui vaut plus de 500.000 dollars a en fait été racheté par une entreprise italienne de surveillance, Area SpA, à des revendeurs en Italie. Alors que les protestations se renforcent en Syrie, des ingénieurs d’Area SpA ont ensuite aidé les autorités syriennes à installer le système de surveillance, capable de suivre les communications des activistes.

Depuis le mois de mars, plus de 3.500 personnes ont été victimes de la répression féroce du régime syrien comme le rappelle David Kenner sur Slate, et les Etats-Unis ont interdit à toutes les entreprises américaines de vendre autre chose que de la nourriture et des médicaments à la Syrie.

Selon l’agence de presse Bloomberg, le géant de l’informatique américain HP a déclaré qu’il s’efforçait d’être conforme à la législation américaine:

«La politique d’HP est de respecter toutes les lois et régulations américaines sur le contrôle des exportations.» 

L’entreprise dément d’ailleurs toute implication avec les autorités syriennes:

«Nous n’avons pas d’employés, ni d’équipements en Syrie, et nos ventes à certaines parties dans ce pays ont été limitées aux produits en accord avec la législation américaine et la réglementation sur les objets de télécommunication.»

Mais pour Wired, avec le développement actuel d’Internet et la multiplication des échanges, les fournisseurs de logiciels se doivent d’être de plus en plus prudents afin d’empêcher que leur technologie ne tombe en de mauvaises mains. Comme le site l’affirme, Internet peut accélérer les révolutions, mais il peut aussi aider les régimes répréssifs.

Le Wall Street Journal rapporte aussi qu’une autre firme de la Silicone Valley, Blue Coat Systems, a mis au point un système de sécurité qui a été repris par le gouvernement syrien. L’entreprise avait transporté ses appareils jusqu’à Dubaï à la fin de l’année 2010 dans l’intention de les vendre aux autorités irakiennes, mais apparemment près d’une quinzaine de ces systèmes ont été détournés vers la Syrie où les services de renseignement les utilisent pour surveiller les informations qui circulent sur le Net.

Wired note que le gouvernement américain ne peut pas vraiment renforcer les embargos commerciaux, et ce serait donc plutôt aux entreprises elles-mêmes de faire plus attention selon Meg Roggensack, conseillère chez Human Rights First, une organisation à but non lucratif orientée vers la protection des droits de l’homme:

«Les firmes devraient évaluer le risque que leurs produits soient utilisés par des régimes répressifs, et elles devraient au moins faire beaucoup plus attention à leurs ventes.»

Pour Arvind Ganesan, directeur du programme Affaires et Droits humains chez l'ONG Human Rights Watch, ces groupes doivent intégrer dans les contrats avec leurs clients des clauses prévoyant des pénalités financières si ces derniers redistribuent le matériel vendu ou l’utilisent en violant les droits de l’homme.

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