Culture

Le roi de la banane russe débauche des stars du Bolchoï

Slate.fr, mis à jour le 22.11.2011 à 15 h 57

 Ballet en Espagne, 21 novembre 2009. novomig via Flickr CC License by

Ballet en Espagne, 21 novembre 2009. novomig via Flickr CC License by

En Russie, on l’appelle le «roi de la banane» parce qu’il est l’un des plus importants producteurs de ce fruit du pays. Mais Vladimir Kekhman n’est pas que ça: il vient en effet de réussir l’exploit de faire démissionner du célèbre Bolchoï deux des plus grandes stars mondiales de ballet afin qu’elles rejoignent son théâtre, beaucoup moins connu selon le New York Times.

Cet homme d’affaire a repris il y a quelques années le théâtre Mikhailovsky (ou théâtre Michel) à Saint-Petersbourg pour le rénover. Il en est directeur général depuis quatre ans maintenant et juge que ses efforts pour restaurer cette ancienne splendeur de la période pré-révolutionnaire ont été insuffisamment reconnus: 

«J’ai donné 40 millions, et non 20 millions de dollars.»

Ce qu’il faut en tout cas lui reconnaître, soutient le New York Times, c’est sa détermination à faire entrer le théâtre Michel dans le club des plus prestigieuses scènes mondiales de ballet. En effet, au milieu du mois de novembre, alors que le Bolchoï venait juste de rouvrir, après 6 ans de rénovation, pour lancer une nouvelle version du ballet La Belle au bois dormant, deux grandes stars de la troupe, Natalia Osipova et Ivan Vasiliev (qui forment un couple à la ville), ont annoncé leur démission pour rejoindre le théâtre de Vladimir Kekhman.

Selon le New York Times, une telle décision –quitter une des plus légendaires troupes de ballet pour rejoindre un théâtre secondaire plutôt qu’une grande compagnie occidentale– est inédite dans l’histoire de cet art et a même suscité l’indignation de la bonne société russe. Pour le directeur général du Bolchoï, Anatoly Iskanov, ce départ a été perçu comme une «attaque».

Mais le plus remarquable, c’est que le crédit du «roi de la banane» en tant que directeur de théâtre est vraiment très limité: il a seulement été propriétaire d’un club de jazz à Saint-Petersbourg, et joué de la clarinette dans son enfance...

Son arrivée en 2007 a d’ailleurs provoqué la démission de la directrice artistique du théâtre Michel, qui s’est dès le début très mal entendue avec l’homme d’affaires, mais qui est finalement restée en tant que conseillère:

«Il était comme un enfant avec un nouveau jouet. Il a fait plein de choses stupides, comme donner des conseils aux musiciens ou au chef d’orchestre.»

La BBC News explique que les deux danseurs ont signé un contrat de 5 ans. Vladimir Kekhman précise qu’ils ont rejoint son théâtre parce qu’ils étaient «à la recherche de développement artistique», et que la raison de cette démission n’était «définitivement pas l’argent». «L’argent ne compte pas pour les personnes créatives», a-t-il affirmé, ajoutant d’ailleurs que le couple de danseurs aura avec lui la chance d’étendre son répertoire et de faire des ballets dans les opéras les plus célèbres du monde.

D’après le New York Times, la «nouvelle vie» de Vladimir Kekhman en tant que directeur de théâtre représente aussi un nouveau modèle pour certains grands patrons russes de l’ère post-soviétique en mal de reconnaissance culturelle.

Mais le journal explique que son cas reste quand même une exception et que la plupart des hommes d’affaires en Russie utilisent plutôt leur argent et leurs relations dans les milieux politiques pour acheter des équipes de sport professionnel ou pour sponsoriser des galeries d’art.

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