France

Meurtre d'Agnès: la justice a-t-elle failli?

Slate.fr, mis à jour le 21.11.2011 à 14 h 25

Photo: La mairie de Chambon-sur-Lignon / Havang via Wikimedia Commons

Photo: La mairie de Chambon-sur-Lignon / Havang via Wikimedia Commons

Le meurtre d'Agnès aurait-il pu être évité? La question se pose quelques jours après l'annonce de l'assassinat et le viol d'Agnès Marin, âgée de 13 ans, par un camarade de classe, Matthieu, qui avait déjà été mis en examen pour viol sur une mineure en août 2010 dans le Gard.

Un acte pour lequel il avait effectué quatre mois de détention provisoire avant d'être placé sous contrôle judiciaire fin 2010. Sur son blog, hébergé par le Monde, le président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig, tente de poser des hypothèses pour savoir si il n'y avait vraiment «aucun voyant, même orange, qui aurait pu contribuer à poser un diagnostic de dangerosité sachant que les faits commis ces jours-ci, rappelant ceux de la première agression, sont d'une telle nature qu'ils révèlent une personnalité particulièrement dégradée»?

Pointé du doigt pour laxisme, l'établissement scolaire a affirmé ignorer le passé judiciaire du pensionnaire et ses obligations thérapeutiques. «On savait qu'il avait eu des ennuis avec la justice, mais on n'en connaissait pas la nature. Et nous n'avions aucun contact avec les services de justice», a déclaré le directeur du collège-lycée Cévénol du Chambon-sur-Lignon, Philippe Bauwens.

Cette ignorance de tous les éléments constitutifs du dossier judiciaire de Matthieu pourrait s'expliquer par le fait que l'instruction était encore en cours et donc couverte par le secret, empêchant un traitement complet de l'adolescent sur un plan psychiatrique et psychologique. Pour autant, le procureur de la République a avancé que l'établissement avait été mis au courant des motivations du précédent judiciaire de Matthieu.

«La justice est régulièrement confrontée à des situations de cette nature», rappelle Jean-Pierre Rosenczveig, soulignant qu'un équilibre doit être trouvé entre le partage d'informations et la réinsertion de l'adolescent. «Si nous avions su que ce garçon avait eu ce passé, nous ne l'aurions jamais accepté», a affirmé le vice-président du collège-lycée Jean-Michel Hieaux à RMC. «A l’époque, ce garçon avait 16 ans. Sur 100 jeunes de cet âge-là qui font ce genre de chose, 95 % vont se tenir tranquille et ne jamais recommencer », a estimé le psychiatre et criminologue Roland Coutanceau à France Soir.

«Dans cette affaire extrêmement grave, on a un juge qui, avec la caution du parquet, des psychiatres, des éducateurs, prend une décision de bon sens: l'éloignement de Nîmes, pour ne pas qu'il rencontre sa précédente victime et l'obligation de l'internat», a expliqué Jean-Pierre Rosenczveig à l'AFP.

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, dont la mère est la maire de Chambon-sur-Lignon, et la secrétaire nationale d'Europe-Ecologie-Les-Verts, Cécile Duflot, ont appelé à une non-instrumentalisation politique, mais l'affaire a été largement commentée par les politiques.

 

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte