Culture

Shakespeare était-il un gangster? Telle est la question

Slate.fr, mis à jour le 14.11.2011 à 18 h 20

 William Shakespeare  Tonynetone via Flickr License by

William Shakespeare Tonynetone via Flickr License by

Si les œuvres littéraires du plus grand dramaturge, William Shakespeare, demeurent célèbres et étudiées, son passé judiciaire est en revanche moins connu, voire totalement ignoré. Et pourtant, Shakespeare aurait été impliqué dans une affaire judiciaire obscure, comme le rapporte Smithsonian.

Au début de sa carrière, en arrivant à Londres –vraisemblablement au début des années 1590–, Shakespeare fut obligé de travailler dans un théâtre de mauvaise réputation, ce qui était à l’époque du même acabit que de travailler dans un bordel. «Les théâtres étaient des lieux de rencontres pour les personnes dont l’intérêt pour le sexe opposé ne s’étendait pas au mariage. Ils étaient infestés d’escrocs, de proxénètes et de prostitués, et attiraient un public peu concerné par les prestations théâtrales», précise l'historien Mike Dash. Ainsi, le fait pour Shakespeare de fréquenter cet endroit le plongea dans le monde obscur et interlope du théâtre. Etait-il pour autant un gangster?

«Menaces de mort»

Un document judiciaire daté de 1596, retrouvé en 1931 par le chercheur Leslie Hotson dans les Archives nationales britanniques, accuse Shakespeare de menace de mort sur autrui. Mais le décryptage de ses documents est compliqué dans la mesure où ils sont rédigés en latin via des abréviations et un jargon judiciaire.

Plusieurs autres personnes sont accusées de faits similaires dans ce document, dont Langley qui fut un des premiers employeurs de Shakespeare. Cet impresario au passé sombre a, semble-t-il, bâti sa fortune via des moyens tortueux, et est accusé de faits de violence et d’extorsion. Son adversaire le plus virulent était William Wayte, celui-là même qui a accusé Shakespeare de l’avoir menacé.

«Certainement pas un criminel»

Mais certains biographes qui font mention de cette découverte de Hotson en 1931 rejettent cette accusation portée contre Shakespeare. A cet effet, ils affirment que Shakespeare a simplement été pris dans cette querelle comme ami de Langley. Et qu’il n’est certainement pas un criminel comme cette note judiciaire le laisse croire. Un autre biographe de Shakespeare, Samuel Schoenbaum, pense que l’explication la plus plausible est qu’il a seulement été un témoin innocent dans une affaire mettant en cause plusieurs personnes.

Cependant, d’autres sources écrites laissent penser que Shakespeare n’était pas le poète sensible que l’on connaît ni un citoyen honnête. Des documents juridiques rapportent qu’il ne payait pas la totalité des taxes fiscales sur les chambres qu’il louait en 1596, 1598 et 1599. Il a également poursuivi trois hommes en justice pour des sommes insignifiantes.

Et pour ajouter une ombre au tableau, le dramaturge anglais Robert Greene, éternel rival de Shakespeare l'aurait, sur son lit de mort, accusé de lui avoir «volé ses plumes». Et prévient les autres de ne pas tomber entre les pattes de ce «corbeau arrogant, embelli par nos plumes, dont le cœur de tigre est caché par le masque de l’acteur».  Ainsi, à partir des preuves apportées par Leslie Hotson, on peut dire que Shakespeare a sans doute été impliqué dans des affaires de petite délinquance. Mais il est impossible d’affirmer qu’il était encore impliqué à la fin de l’année 1597. En définitive, il a sûrement concilié ses activités comme acolyte de Langley et le doux plaisir de l’écriture.

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