France

Affaire Karachi: le camp Chirac est maintenant visé

Slate.fr, mis à jour le 09.11.2011 à 18 h 46

L'ancien président Jacques Chirac en voiture, Paris le 7 mars 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

L'ancien président Jacques Chirac en voiture, Paris le 7 mars 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

Nouveau rebondissement dans l’affaire Karachi: la justice s’oriente maintenant vers le financement du camp chiraquien, nous apprend Le Monde.

L’enquête, qui s’intéressait jusqu’ici aux éventuelles rétrocommissions versées au profit des balladuriens en marge de contrats d’armements signés entre 1993 et 1995, suit désormais la piste de commissions suspectes versées après l’élection de Jacques Chirac, en 1995. Selon Le Monde, certaines découvertes des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, chargés du volet financier de cette affaire, «confortent des accusations portées par l’intermédiaire Ziad Takieddine».

Les deux juges ont demandé au début du mois de novembre au parquet de Paris d’élargir l’enquête à des «abus de biens sociaux» qui auraient été commis entre 1997 et 2000 au préjudice de la Sofresa explique Le Monde, une société d’Etat spécialisée dans les ventes d’armes, notamment au Moyen-Orient.

Le dossier Karachi est complexe: en juin 1994, deux intermédiaires, les hommes d’affaires libanais Ziad Takieddine et Abdulrahman el-Assir, contribuent à la signature d’un contrat entre la France et le Pakistan prévoyant la vente de trois sous-marins de type Agosta 90-B à ce dernier. Officiellement les deux intermédiaires, qui sont aussi associés à l’époque à l’énorme contrat Sawari II (ventes de trois frégates à l’Arabie saoudite pour 23 milliards de francs), doivent, en guise de remerciements, verser des commissions au pouvoir politique et militaire pakistanais.

Mais en 1995, le versement de ces commissions est arrêté. A son arrivée à l’Elysée, Jacques Chirac aurait ordonné leur blocage et la destruction du contrat Sawari II, contrat qu’il soupçonnait d’avoir servi à financer la campagne de Balladur.

C’est Ziad Takieddine, ulcéré d’avoir été mis en examen pour son rôle d’intermédiaire dans le contrat Agosta avec le Pakistan (ce qu’il conteste d’après Le Monde) et dans le contrat Sawari II, qui met sur la piste chiraquienne les deux juges en charge de l’enquête. Selon le financier libanais, après les élections présidentielles de 1995, il aurait été mis à l’écart et une seconde équipe chiraquienne aurait pris le relais de ces contrats, pour alimenter, cette fois, «un réseau lié au nouveau président», comme l’explique le Nouvel Observateur.

Dans le plus grand secret, une nouvelle structure ad hoc aurait donc été mise au point, d’après Ziad Takieddine. Le Monde précise que cette structure mettrait notamment en cause le groupe Al Bughshan, en Arabie saoudite, et deux nouvelles sociétés qui auraient permis les transferts d’argent avec les milieux chiraquiens: Parinvest, gérée par l’homme d’affaire Wahib Nacer et Ishamm.

Selon Le Monde, les déclarations de Ziad Takieddine ont été confortées par certaines découvertes des enquêteurs. Lors d’une perquisition réalisée fin avril au siège de la Sofresa, ils ont saisi un avenant au contrat Sawari II signé en mai 1997 par Michel Mazens, l’ancien patron de la Sofresa chargé en 1995 par Chirac de mettre fin aux versements des commissions.

Sawari II n’aurait donc pas été annulé et «ce contrat aurait donné lieu à trois autres avenants, étalés entre 1997 et 2000, en vertu desquels la société Parinvest, domiciliée en Suisse, a perçu près de 85 millions de francs» précise Le Monde. Interrogé par les enquêteurs, l’ancien directeur général délégué de la Sofresa, Jean-Yves Gourcuff, a déclaré que ce nouveau réseau avait été imposé en 1997 à Michel Mazens par le pouvoir chiraquien.

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