Harvard est-elle responsable de la crise financière?

Université Harvard / Jacob Rus via Wikimedia Commons

Mercredi 2 novembre, 70 étudiants ont quitté le cours «Economics 10» dispensé par Gregory Mankiw, professeur à Harvard, pour protester contre l’idéologie qu’il relaie, accusée d’être à l’origine des déséquilibres économiques actuels, nous apprend le Financial Times. Les revendications d'Occupy Wall Street –mouvement de contestation dénonçant les abus du capitalisme financier–, gagnent du terrain aux Etats-Unis.

Dans une lettre ouverte, les étudiants dénoncent «un cours qui épouse une vision spécifique –et limitée– de l’économie qui perpétue [croient-ils], les systèmes inefficaces et problématiques des inégalités économiques de notre société aujourd’hui». Les étudiants rappellent que «les diplômés d’Harvard jouent un rôle majeur au sein des institutions financières et dans l’élaboration des politiques publiques à travers le monde. Si Harvard ne parvient pas à doter ses étudiants d’une compréhension large et critique de l’économie, leurs actions sont susceptibles de nuire au système financier mondial. Les cinq dernières années de turbulences économiques en ont été la preuve».

Le professeur Gregory Mankiw, ancien président du Council of Economic Advisers sous la présidence de George W. Bush,  assure qu’il n’est pas d’accord avec les protestataires mais qu’il a un «profond respect» pour leur action. Aussi, il avait semble-t-il été averti de cette action: «Il se pourrait bien que des gens partent plus tôt», a-t-il déclaré au début du cours, comme le rapporte Havard Crimson. A la sortie, une des organisatrices déclare: «Nous devons utiliser notre éducation à bon escient et non pour des gains personnels», critiquant ainsi l’idéologie jugée conservatrice de son professeur.

Plusieurs étudiants se sont ainsi érigés contre les idées économiques véhiculées par Gregory Mankiw pendant ses cours: «Economics 10 est le symbole de la grande idéologie qui a contribué à la crise de 2008. Le professeur Mankiw a travaillé pour l’administration Bush, et il a clairement une idéologie conservatrice», affirme un étudiant. D’autres élèves se plaignent d’un cours jugé partial: «Cette classe n’encourage pas la diversité des opinions. Les questions économiques ne sont pas toujours claires. Plusieurs points de vue devraient être présentés dans ce cours.» 

Mais ce n’est pas l’avis majoritaire, et certains condamnent cette action: «Cette classe n’a pas pour but de donner des réponses normatives sur la façon d’aborder les questions sociales. C’est sensé introduire l’économie comme une science sociale.» Et ne cautionnent donc pas cette levée de bouclier contre le professeur.