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Pourquoi le printemps arabe s'est fait sans les intellectuels locaux

Temps de lecture : 2 min

Les drapeaux syrien et libyen Saleem-Homsi via Flickr CC License by
Les drapeaux syrien et libyen Saleem-Homsi via Flickr CC License by

Les révolutions arabes n'ont pas eu de Lenine, de Václav Havel ou de Thomas Paine.

Au cours des dix derniers mois, le «printemps arabe» a bouleversé l'ordre politique des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, mais cela s'est, en grande partie, fait sans la participation des intellectuels arabes, estime le journaliste Robert Worth dans une tribune du New York Times.

Il rappelle que cette passivité peut être la conséquence directe d'une longue oppression des intellectuels sous les dictatures ou de leur marginalisation par les mouvances islamistes. Le journaliste pointe un fossé croissant entre les revendications des intellectuels –dont plusieurs sont en exil– et des masses, qui les accusent d'être trop éloignés de leurs réalités pour pouvoir être crédibles et audibles.

Un exemple est celui du poète syro-libanais Adonis qui a adressé une lettre ouverte au président Bachar el-Assad en juin dans le quotidien libanais As-Safir sans suffisamment réprimander, selon les révolutionnaires, la répression des autorités syriennes, résume Courrier International.

Dans une interview accordée en septembre 2007 à la chaîne Al-Arabiya, Adonis se voulait pessimiste et affirmait que le peuple syrien n'avait plus «la capacité créative d'édifier une grande société humaine [ou] de participer à la construction du monde.»

Quelques années plus tard, contemplant les sursauts du monde arabe, il écrit que «le présent, dans certaines de ses explosions, ne fait que plagier les évènements du passé avec des instruments modernes» et estime qu'«il n'y a pas eu de révolution arabe» dans un entretien à BibliObs.

Si l'analyse du New York Times pointe l'existence d'intellectuels qui ont soutenu le mouvement en défilant aux côtés des manifestants, ces derniers ont suivi les revendications des masses sans en être les leaders, raconte le site allemand Qantara.

«Je ne pense pas qu'il y ait besoin d'intellectuels pour constituer le fer de lance d'une révolution», affirme Sinan Antoon, poète irakien et enseignant à l'université de New York, qui ne voit plus le besoin d'héros pour guider les révolutions alors que les réseaux sociaux permettent de donner une impulsion et d'organiser le mouvement à une plus grande échelle.

Par ailleurs, la rhétorique panarabiste de certains intellectuels pouvait être en décalage avec les aspirations des manifestants qui «voulaient concentrer l'attentionn sur l'échec de leurs propres sociétés», selon le journaliste du quotidien Al Hayat, Hazem Saghieh.

Slate.fr

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