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Un artiste s'auto-surveille pour narguer le FBI

Slate.fr, mis à jour le 31.10.2011 à 11 h 52

une capture d'écran du site trackingtransience.net

une capture d'écran du site trackingtransience.net

Quand l'artiste et professeur à l'université du Maryland Hasan Elahi, né au Bangladesh, a été arrêté à l'aéroport de Détroit en 2002 et l'objet d'interrogatoires répétés sur une détention potentielle d'explosifs dans un local qu'il louait pour entreposer des meubles, il a décidé que cacher ou ne rien cacher au gouvernement avait une même conséquence: la suspicion. Au lieu d'être l'objet d'un soupçon permanent, il a réagi en mettant délibérément en ligne ses activités quotidiennes sur un site, écrit-il dans une tribune du New York Times.

En 2011, son expérience peu ordinaire l'est devenue avec la prégnance des réseaux sociaux comme Foursquare, qui permet une géolocalisation en temps réel, ou Facebook, qui serait le troisième pays le plus habité au monde:

«Créer ses propres archives est devenu si banal que nous —du moins des millions d'entre nous— le faisons tout le temps. Que l'on en soit conscient ou pas.»

Ses repas, ses courses au supermarché, les bâtiments qu'il visite au cours de la journée: autant de détails que tout internaute peut consulter sur le site trackingsience.net.

«Vous voulez me surveiller? Bien... Mais je peux mieux m'auto-surveiller et vous donner un niveau de détails que vous n'auriez jamais obtenu.»

Après avoir lancé son site, Hasan Elahi a commencé à consulter ses archives de connexion, autrement appelés logs, et s'est rendu compte que son site avait été visité par le département américain de la sécurité intérieure, la CIA, et même par le cabinet du président.

Toutefois, il a veillé à ce que les informations présentes sur son site ne soient pas facilement ordonnées chronologiquement, rendant difficile toute compilation logique de données sur son quotidien:

«En mettant tout ce qui me concerne en ligne, je dis tout et rien de ma vie en même temps. En dépit de ce déluge d'informations, je vis de manière surprenante une vie privée et anonyme.»

Hasan Elahi relie son expérience personnelle à une réflexion sur la valeur de l'information: rendre publiques des informations sur sa vie privée leur fait perdre toute valeur d'acquisition par le FBI, qui ne verrait plus un grand intérêt à consacrer une partie de ses ressources financières et humaines à la surveillance de la vie privée de citoyens américains.

Le modèle est inversé: «Plus vous publiez d'informations sur vous, plus on ne peut pas se tromper. Si quelqu'un vous Googlise, on n'est pas maître de l'information qui arrive: si on la génère soi-même, c'est vous qui contrôlez et définissez votre identité», confiait-il lors d'une conférence en février dernier, raconte le site Internet Actu.

Sommes-nous devenus les meilleurs archivistes de nos vies? C'est également la question au centre du livre Your Life, Uploaded de deux cadres de Microsoft, Gordon Bell et Jim Gemmell, qui aborde le life-logging, consistant en la capture et l'archivage de notre vie via des outils numériques comme les smartphones, qui conjuguent le média audio et vidéo.

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