Culture

Au XVIIe siècle, on parlait mieux de sexe

Slate.fr, mis à jour le 28.10.2011 à 17 h 29

Les acteurs Lucy Liu et Peter Krause. REUTERS/Fred Prouser

Les acteurs Lucy Liu et Peter Krause. REUTERS/Fred Prouser

Le sexting, comprenant l'envoi de messages ou de photographies au contenu sexuellement explicite, ne serait-il qu'une pâle copie du parler cru du XVIIe siècle?

C'est l'hypothèse avancée par le site The Awl qui exprime un paradoxe: le sexe n'a jamais été autant présent dans la sphère publique, et pour autant, on n'en a jamais aussi mal parlé. Partant en croisade contre l'homogénéisation de notre parler cru et de sa perte de «biodiversité», possiblement dû à Internet, la blogueuse et écrivaine Lili Loofbourow nous suggère d'emprunter les codes linguistiques des courtisans du XVIIe siècle,«âge d'or du parler cru». 

L'article consacre la perte d'usage des synonymes en prenant appui sur un texte anonyme du XVIIe siècle, intitulé L'Académie du plaisir. Ainsi, une obscénité d'aujourd'hui telle «Tu as des couilles» donnerait il y a quatre siècles «les preuves de votre masculinité sont aussi rondes que grosses».

«Il semblerait que plus nous nagions dans un environnement de codes et de mèmes, plus notre langage en devient insipide», dixit Lili Loofbourow qui cite l'auteur de l'Histoire de la sexualité, Michel Foucault, qui avait estimé que ceux qui écrivaient à propos de sexe pouvaient être auréolés du statut de révolutionnaires.

En revanche, un article du New York Magazine, intitulé «You've Got Sex», probablement en référence au film dans lequel ont joué Tom Hanks et Megan Ryan, «You've Got Mail» (traduit en français, «Vous avez un message») estime qu'à l'ère d'un accès à la pornographie à grande échelle et aux forums de rencontre, le «parler cru est devenu une norme sociale».

Pour autant, dans L'Histoire de la sexualité, le philosophe français précisait que le XVIIe siècle n'était pas aussi puritain que le XIXe siècle.«Les pratiques sexuelles avaient besoin de peu de secret; les mots étaient dits sans réserve excessive, et les choses étaient faites sans trop de dissimulation bien qu'on était familiarisé avec le concept d'illicité.» En quelques mots, l'arsenal linguistique du XVIIe siècle ne s'embarraissait pas d'euphémismes prudes.

En Grande-Bretagne, il a été plusieurs fois question de retarder l'enseignement du dramaturge britannique William Shakespeare à un âge plus avancé en raison du caractère cru de certains de ses dialogues. Il en est ainsi d'un extrait de la scène 2 de l'acte II de la pièce de théatre Le Songe d'une nuit d'été, où «la flèche en feu de Cupidon est déviée par les vapeurs humides de la Lune» à l'image d'un phallus conquérant pénétrant le vagin du ciel, dixit le site The Mary Sue.

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