Life

Pourquoi rêvasser est utile

Slate.fr, mis à jour le 26.10.2011 à 14 h 50

Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, Caspar David Friedrich via Wikimedia Commons/domaine public

Le voyageur au-dessus de la mer de nuages, Caspar David Friedrich via Wikimedia Commons/domaine public

L’ennui n’est pas seulement un «Sahara psychologique», ce désert de la pensée comme le décrit le poète russe Joseph Brodsky, c'est aussi et surtout «une fenêtre» qui nous ouvre des voies et nous incite à la rêverie. Or cette rêverie, selon Wired, est plus essentielle qu’on le pense puisqu’elle est une importante source de créativité intellectuelle et artistique.

La rêverie que Freud considérait comme une forme de pensée «infantile» et d’adonnation à la paresse, souvent mal vue dans nos sociétés actuelles «obsédées par l’efficacité», occupe pourtant près de la moitié de notre temps selon une étude [PDF]réalisée par Daniel Gilbert et Matthew A. Killingsworth, des psychologues de l’Université d’Harvard et décrite par le Scientific American.

Les deux chercheurs ont mis au point une application iPhone qui a permis de contacter près de 2.250 volontaires à des moments aléatoires. Une fois contactées, les personnes devaient dire ce qu’elles faisaient et décrire leur état d’esprit. Les deux psychologues ont ainsi montré que nous passons en moyenne 46,9% de notre temps à rêvasser.

Une autre étude effectuée en 2009 a essayé de décrire l’activité cérébrale pendant ces moments de rêveries. Les deux auteurs, Kalina Christoff et Jonathan Schooler, montrent que la rêverie, qu’on commence «sans effort et si facilement», correspond en quelque sorte au «mode par défaut» du cerveau. Au lieu d’être une activité vide et insignifiante, la rêverie est un mode de pensée naturel à mi-chemin entre le rêve et la réflexion consciente.

Une équipe de chercheurs australiens vient par ailleurs de comparer 17 patients en état végétatif persistant (UWS), avec 8 personnes en état de conscience minimal (MCS) et 25 personnes présentant un bon état de santé. En observant les différences de l’activité cérébrale dans les trois groupes, ils ont ainsi remarqué que les patients atteints de MCS et d’UWS ne parviennent pas à «désactiver» ce mode naturel contrairement aux gens normaux. Selon Wired, cela suggère qu’ils sont enfermés dans une rêverie permanente, et qu’ils ne peuvent pas être attentifs au monde extérieur.

Laisser l’esprit vagabonder n’est pas improductif, et permettrait même d’être plus créatif, comme l’affirme Jonathan Schooler. Il distingue en fait deux types de rêveurs, ceux qui ne s’en rendent pas compte à moins qu’on leur signale, et ceux qui en ont conscience. Et selon ses résultats, seuls les rêveurs conscients de leur rêverie sont plus créatifs. Mais encore faut-il être capable de s’en souvenir ou de les noter quand de nouvelles idées arrivent…

 

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