Culture

Comment la guerre a affecté l'oeuvre d'Hergé

Slate.fr, mis à jour le 25.10.2011 à 11 h 15

«Le Crabe aux pinces d'or», premier album de Tintin publié sous l'occupation allemande (Casterman)

«Le Crabe aux pinces d'or», premier album de Tintin publié sous l'occupation allemande (Casterman)

Quel est le point commun entre les trois albums (Le Crabe aux pinces d’or, Le Secret de la licorne et Le Trésor de Rackham le rouge) dont est adapté Les Aventures de Tintin de Steven Spielberg, en salles mercredi 26 octobre? Ils ont été publiés pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 1941 et 1944. L’occasion pour le Financial Times de consacrer une enquête à la façon dont la guerre a imprégné l’œuvre d’Hergé.

Le quotidien économique britannique retrace l’itinéraire idéologique du dessinateur: enfance très religieuse, mouvements scouts, prises de position anti-bolchéviques dans le premier Tintin (Tintin au pays des Soviets) mais aussi publication d’œuvres «légèrement anti-fascistes» dans les années 30 avec les méchants Japonais ou Allemands d’albums comme Le Lotus bleu, L’Île noire et Au pays de l’or noir.

Il rappelle également que, en octobre 1940, Hergé a commencé à publier des dessins dans le journal pro-nazi Le Soir, la Belgique étant alors occupée. Mais que durant ce qu’il qualifiait d’«absurde festival meurtrier», il se met à écrire «des histoires qui ne pouvaient pas lui valoir de problèmes» dans des «territoires non controversés», notamment la mer, «le lieu le plus sûr à visiter pour un artiste sous l’Occupation».

Simon Kuper, le journaliste auteur de l’enquête, conclut en estimant que, même si on s’en est pris à lui après la guerre avec la publication d’un Tintin au pays des Nazis, «il n’y a rien de nazi chez Hergé». Il compare son itinéraire à celui de l’écrivain britannique P.G. Wodehouse, lui aussi créateur d’un personnage sans âge évoluant au sein d’un univers plutôt masculin, le majordome Jeeves, et lui aussi épinglé pour avoir participé à des émissions sur des radios nazies.

Les positions politiques d’Hergé continuent en tout cas de faire polémique. Le quotidien britannique The Daily Express, qui consacre lui aussi un article à ses années de guerre, cite «son biographe le plus hostile», le Français Pierre Assouline:

«Souvenez-vous qu’il a fait partie de ceux qui ont mieux vécu durant l’Occupation que durant les années après la Libération. Il a gagné beaucoup d’argent, ses albums se sont bien vendus. Il ne s’est jamais senti coupable.»

De son côté, l’AFP rappelait récemment qu’un Congolais, Bienvenu Mbutu Mondondo, a lancé une procédure pour faire interdire dans son pays Tintin au Congo pour apologie «de la colonisation et de la suprématie blanche».

Interrogés sur les opinions politiques de Hergé par le Figaro Magazine, Steven Spielberg et  son producteur Peter Jackson ont respectivement affirmé qu’ils n’étaient pas là «pour juger l'Histoire» et qu’il était «très léger d'attaquer quelqu'un qui n'est plus là pour se défendre» et était «avant tout le produit de son époque».

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