Economie

Les banques françaises n'ont que ce qu'elles méritent

Slate.fr, mis à jour le 21.10.2011 à 14 h 23

Le parquet du New York Stock Exchange. REUTERS

Le parquet du New York Stock Exchange. REUTERS

Cet été, les trois plus importantes banques françaises, BNP Paribas, la Société générale et le Crédit Agricole ont été les premières victimes d’une crise de confiance qui a touché l’ensemble de la zone euro, explique le Wall Street Journal.

Alors que les dirigeants des pays de l’Union européenne tentent de trouver une solution aux problèmes de la dette grecque qui pèsent plus particulièrement sur les banques françaises, de nombreux experts affirment que ce sont elles les premières responsables: elles auraient dû reconnaître il y a bien longtemps qu’elles étaient en difficulté.

Selon le Wall Street Journal, au lieu de prendre des décisions courageuses et difficiles en 2007-2008 et de mettre de côté du capital en cas de pertes imprévues, les banques européennes et surtout les banques françaises ont passé leur temps à dénoncer les nouvelles règles de Bâle III, et à résister aux tentatives de supervision.

Pourquoi les banques françaises ont-elles été les plus virulentes? Parce que leurs patrons ont le soutien des dirigeants politiques français, affirme le Wall Street Journal. Il semble même que les deux agissent «selon le même scénario», ajoute-t-il. En avril 2010, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a déclaré que les expositions des banques françaises à la dette grecque ne présentaient pas de «risque particulier», et s’est insurgé contre le niveau excessif des fonds propres réglementaires.

Seulement maintenant, depuis que la crise de la dette grecque a éclaté au grand jour, «la note est devenue bien salée», selon le Wall Street Journal. Les banques européennes devront constituer plus de 100 milliards d’euros de capital en plus dans les prochains mois.

Les banques françaises ne risquent pas vraiment de s’effondrer, précise le Wall Street Journal, mais les efforts qu’elles devront fournir pour rééquilibrer leurs comptes vont priver la France de toute chance de sortir de la récession actuelle.

Sur les marchés, les investisseurs craignent que la BNP, le Crédit Agricole et la Société générale, n’aient pas assez de réserves pour absorber les futures pertes sur les prêts bancaires et sur les défauts possibles non seulement de la Grèce, mais aussi de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal. Pour Jézabel Couppey-Soubeyran, professeur d’économie à la Sorbonne, ces banques ont bien mérité d’être autant en difficulté:

«Les banques françaises n’ont pas retenu les leçons de la crise de 2007-2008 et sont devenues complaisantes. Elles ont refusé d’enfiler un léger pull quand il faisait encore à peu près beau; maintenant qu’il fait glacial, je ne suis pas sûr qu’une veste suffira.»

Selon l’agence de presse Reuters, la situation est encore plus compliquée depuis que l’agence de notation Moody’s a mis la France sous surveillance. Cette annonce a eu en effet des répercussions immédiates sur les marchés, les actions des trois banques ayant plongé de 3,3 à 5% en une journée. Louise Cooper, analyste financière chez BGC Partners, explique que l’incertitude qui pèse sur l’avenir des banques françaises est de plus en plus grande:

«C’est difficile de savoir quel sera l’avenir de ces banques. Leur niveau de liquidités n’est pas bon. Elles ont un livre de prêts tellement rempli qu’elles ont besoin chaque jour de financements énormes.»

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