France

Balade tranquille en burqa dans Besançon, sans être verbalisée par la police

Slate.fr, mis à jour le 20.10.2011 à 9 h 31

Femmes en burqa à Marseilles, le 24 décembre 2009. REUTERS/ Jean-Paul Pelissier

Femmes en burqa à Marseilles, le 24 décembre 2009. REUTERS/ Jean-Paul Pelissier

Depuis le 11 avril 2011, après d’intenses débats qui ont agité la France entière, le port de la burqa dans la rue est une infraction. Alors que les premières condamnations pour port du voile intégral tombaient le 22 septembre dernier selon La Gazette de Besançon, des journalistes de ce quotidien ont voulu se rendre compte de la réalité du terrain, et voir comment s’applique la loi. Pour ça une journaliste du journal s’est portée volontaire pour enfiler le voile, et raconte son expérience dans les rues bondées de Besançon un samedi après-midi.

Première étape pour le test: trouver une tenue, ce qui selon la journaliste Céline Garrigues n’est pas si facile dans les magasins de Besançon. Rappelons que la loi, qui indique que «nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage»,  a été faussement appelée «loi anti-burqa». Or en France, comme le rappelle un article de Slate.fr sur la distinction entre burqa, niquab, hijab ou tchador, la burqua, «un vêtement qui couvre de la tête aux pieds avec un grillage au niveau des yeux pour permettre la vision» seulement portée en Afghanistan (aussi un peu en Inde et au Pakistan), n’existe absolument pas. Louis Moulin précisait même que dans les boutiques islamiques de Paris, on n'en trouve pas, tout simplement parce qu’elle «n’est pas une obligation islamique, et ce n’est pas non plus une tradition arabe».

Une fois la tenue trouvée sur Internet, la journaliste de La Gazette de Besançon se lance dans les rues commerçantes du centre-ville en plein samedi après-midi. Outre la sensation désagréable de ne pas tout voir et de se sentir enfermée dans «cette étuve de tissus», elle raconte à quel point les réactions des passants ont pu être violentes:

«Un sentiment de malaise et d’embarras se fait rapidement ressentir face à tous les regards qui convergent vers moi. Des regards marqués par la stupeur, la gêne, la colère ou encore par les railleries. Malgré ces nombreuses couches de tissu, je me sens déshabillée du regard.»

Contactée par la police

Puis elle passe à plusieurs reprises devant des agents de police, elle se demande s’ils vont appliquer la loi et la verbaliser, mais non, à sa grande surprise ils ne font rien, rapporte-t-elle:

«Je passe devant eux en ralentissant le pas, mais rien… Pas d’amende, ni d’interpellation. Les forces de police semblent être davantage attentives aux vols à l’étalage en ce samedi noir de monde. […] A deux reprises je croise à nouveau les forces de l’ordre: un motard de la police municipale stationné devant l’Hôtel de ville, puis à nouveau la police nationale rue des Granges. Un des deux agents me montre du doigt, mais ils continuent finalement leur chemin.»

Les agents, avaient-ils autre chose à faire un samedi après-midi? Etaient-ils au courant de la loi contre le voile intégral? On sait pourtant que selon l’adage nul n’est censé ignorer la loi, et surtout pas la police qui s’efforce de la faire appliquer…

Selon France 3 Franche-Comté, «la police a contacté (...) la journaliste afin d’avoir des précisions sur le lieu et l’horaire de cette scène, l’objectif étant d’identifier les fonctionnaires qui auraient dû la verbaliser. Le préfet (...) précise que "des consignes fermes de juste et stricte application de cette loi ont été aussitôt rappelées à l’ensemble des policiers et gendarmes».

 

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