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La Gueuledelemploi.net retire les infos personnelles des recruteurs

Slate.fr, mis à jour le 14.10.2011 à 11 h 53

Capture d'écran: site lagueuledelemploi.net

Capture d'écran: site lagueuledelemploi.net

A la suite de la diffusion du documentaire «La gueule de l’emploi» exposant les méthodes de recrutement musclées de certains cabinets, des internautes ont créé un site virulentétaient exposés les noms, coordonnées, adresses des recruteurs visés. Ces derniers ont dû être placés sous protection rapprochée. Ces informations pouvaient effectivement les mettre en danger, mais elles ont été retirées vendredi 14 octobre, à la suite de la mise en demeure du créateur du site, Baptiste Fluzin.

Sur le site internet baptisé lagueuledelemploi.net, leurs créateurs s’indignent contre les méthodes «effrayantes» des protagonistes du documentaire diffusé sur France 2 le 6 octobre, notamment les recruteurs des cabinets Gan et RST Conseil.

Ils appelaient les internautes à faire connaître leur colère en diffusant le plus largement possible le message, mais également en s’en prenant aux recruteurs directement:

«Nous pensons que ces personnes doivent avoir affaire à l'indignation qu'elles suscitent, dans la vraie vie. Nous pensons que des gens qui habitent le même quartier que ces personnes doivent être en mesure de leur dire leurs quatre vérités, en face.»

Pour cela ils incitaient les internautes à déposer des flyers –mis à disposition sur le site– avec photos et coordonnées des recruteurs des cabinets Gan et certains de RST «dans les zones géographiques où vivent ces personnes».

Mais, vendredi, un nouveau message apparaît sur le site:  

«Suite à la réception d’une mise en demeure provenant du cabinet d’avocats chargé de représenter GAN:

Je suis contraint de retirer les informations personnelles des personnes présentes dans ce documentaire. Vous pouvez les trouver vous même sur internet, tout comme je l’ai fait.»

Les avocats de Gan ont effectivement mis en demeure le créateur du site, Baptiste Fluzin, pour qu’il retire les informations personnelles et les photos présentes sur le site. Ces flyers portaient «atteinte à la vie privée par la publication des adresses personnelles et téléphones privés, et droit à l'image» (art.9 du code civil), avait souligné dès le 13 octobre Maitre Eolas, avocat-blogueur. Ses cibles pourraient lui réclamer des dommages et intérêts personnels.

Baptiste Fluzin continue:

«Il m’est reproché de faire courir un risque à ces personnes. Je pense que ces personnes se sont mises en danger elles-même en tenant les propos qu’elles ont tenus, en adoptant l’attitude qu’elles ont adoptée, en incarnant “le système” durant une heure trente à la télévision, à visage découvert, avec leur nom sur une étiquette posée devant elles sur leur bureau.»

 Depuis le déclenchement de la polémique, Baptiste Fluzin ne souhaitait pas s’exprimer autrement que sur son site ou twitter (@soymalau sur Twitter). Il l’a fait ce vendredi 14 octobre en répondant (par mail) à Ecrans, où il explique les raisons qui l’ont poussé à créer lagueuledelemploi.net:

«Ce dont j’avais envie, c’était que le boulanger du quartier, que des parents d’élèves, des voisins, des commerçants qui croisent régulièrement ces personnes soient confrontées au documentaire, car je pense que ce sont ces personnes qui seront à même d’adresser des critiques intéressantes et surtout qui seront reçues par les personnes concernées. Si quelqu’un décide d’aller leur casser la gueule, en revanche, bien sûr je le regrette. Mais qui faut-il blâmer en premier lieu? Celui qui a rassemblé les adresses des personnes qui sont publiques sur Internet, ou bien ces mêmes personnes qui ont donné durant 1h30 toutes les raisons à quelqu’un d’aller leur casser le bout du nez?»

Didier Cros, auteur du documentaire, était, quant lui, loin de penser qu’il déclencherait une telle réaction. Il explique ses motivations dans une interview à L’Express:

«Je voulais faire quelque chose sur le monde du travail, que je connais bien, parce que je l'ai beaucoup observé. L'idée de départ, c'était de défricher l'entretien d'embauche. Parce que c'est là, aujourd'hui, que se cristallisent divers maux du monde du travail.»

Il avait fortement réagi contre l’attaque ad hominem lancée par les créateurs du site:

«C'est dommage, dommageable et grave! En faisant ce film, je ne souhaitais pas en arriver à un lynchage public. Je peux comprendre la colère de ces gens, mais prendre ces individus pour cible est une très mauvaise idée! […] Les gens de ce cabinet ne sont que les pions d'un système plus vaste. C'est ce système qui est condamnable, pas les personnes!» 

Ce type de jury citoyen mettant à disposition de tous des renseignements sur des personnes a aussi donné lieu à la création du site Copwatch Nord-Paris IDF. Ce dernier expose des photographies, vidéos, informations en tout genre, sur des policiers nommés pour la plupart. Le but étant de lutter contre les «violences, la répression et l'impunité policières» selon le site lui-même. Fin novembre, le ministre de l'intérieur Claude Guéant avait décidé de déposer deux plaintes en diffamation contre le site Internet.

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