Economie

La tragédie de l'euro était anticipable

Slate.fr, mis à jour le 09.11.2011 à 9 h 49

Des billets et des maisonnettes Images Money via Flickr CC License by

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«La crise grecque révèle pourquoi l’euro est la monnaie la plus dangereuse», explique le magazine allemand Der Spiegel dans l'introduction à la série d’articles qu'il consacre à l’histoire de la monnaie unique européenne, «construite sur de la dette et de la tromperie où les principes économiques ont été immolés sur l’autel de visions politiques romantiques». L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on.

Au sortir de la guerre froide, l’euro a été vu comme un moyen d’accélérer la croissance dans la zone euro, et diminuer les écarts de croissance entre les pays d’Europe du nord et d’Europe du sud. Toutefois, la crise de la dette grecque révèle la progression d’une zone euro à deux vitesses où deux visions de la monnaie se font face: les centres du pouvoir européen, notamment à Bruxelles, qui y voient l’instrument de l’édification d’une union politique alors que les rues européennes, de la place Syntagma à Athènes à la place Puerta del Sol à Madrid, protestent contre l’austérité budgétaire imposée par leurs gouvernements respectifs, pressés par les autorités européennes qui craignent un défaut de paiement.

Pourtant, on aurait pu prédire les failles actuelles de la zone euro, considérée comme «un bébé prématuré et malade» par l’ancien dirigeant allemand Gerhard Schröder, ne serait-ce qu’en observant les modalités d’adhésion successives de pays comme la Grèce. Ces critères, appelés pacte de stabilité et de croissance, seront même dépassés par la France et l’Allemagne. Les hommes politiques des années 1990, européanistes convaincus, étaient alors convaincus que le «Big Bang» de l’euro se produirait; «les détails s’aplaniraient ultérieurement».

L’espoir d’un meilleur futur économique fut aussi celui du Premier ministre grec de l’époque, Andreas Papandréou, père de l’actuel chef du gouvernement Georges Papandréou, qui, en dépit d’une dette publique déjà équivalente à 114% du PIB et d’un taux d’inflation de 14%, réussit à convaincre les ministres des Finances de la zone euro d'y entrer en 2001. Des données avaient-elles été trafiquées? Le président de la banque centrale allemande de l’époque, Hans Tietmeyer, a reconnu plus tard dans son livre Le challenge de l’euro qu’une «douteuse chirurgie esthétique» avait été commise pour améliorer les performances économiques de certains pays. Une supercherie des socialistes grecs découverte en 2004 par le gouvernement conservateur une fois arrivé au pouvoir (Kostas Karamanlís, de 2004 à 2009). Cependant, cela n’a pas empêché ce dernier de commettre les mêmes erreurs, enfonçant le pays dans la crise actuelle. 

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