France

L'élection du président de la République est-elle démocratique?

Slate.fr, mis à jour le 04.10.2011 à 15 h 57

Palais de l'Elysée, juillet 2006. Joe Shlabotnik via Flickr CC License by

Palais de l'Elysée, juillet 2006. Joe Shlabotnik via Flickr CC License by

Faut-il supprimer l’élection au suffrage universel direct du président de la République? C’est à cette question que répondent Pierre Brunet et Arnaud Le Pillouer sur le site la vie des idées.fr, en passant en revue les différentes critiques faites à ce système électoral instauré par Charles de Gaulle en 1962.

Selon les deux juristes, les critiques peuvent aller bien au-delà de ce qui est traditionnellement dit sur la «personnalisation du pouvoir présidentiel» engendrée par ce système, notamment à l’heure des «mass média». Si, à l’origine, la réforme de 1962 avait pour but d’apporter plus de stabilité politique, son évolution actuelle consacre l’omnipotence du président et le rôle secondaire de l’Assemblée nationale.

Pierre Brunet et Arnaud Le Pillouer expliquent que pour certains il n'y a pas de débat, tant l’élection au suffrage universel direct est «populaire» (c’est celle qui a en moyenne le taux d’abstention le moins fort comme on peut le voir sur le site de l'institut de sondage Sofres). Selon eux, ces chiffres sur l'abstention ne signifient pas grande chose si on ne peut pas mesurer la désillusion qui suit chaque campagne:

«A prendre comme seul indice de sa popularité le taux de participation à cette élection, on néglige le taux de déception qu’elle engendre, tant la personnalisation et la dramaturgie excessives à laquelle cette élection conduit inéluctablement, nourrissent le mythe de l’homme providentiel.»

On prétend aussi souvent que cette procédure électorale est «moderne» en avançant que c’est la règle dans presque tous les régimes démocratiques contemporains. Les deux auteurs contredisent cette idée, et montrent que l’élection présidentielle en France, qui vise à introniser un individu pour 5 ans, est même un peu archaïque:

«Ni les régimes parlementaires (où le Premier ministre tire toute sa légitimité et donc son pouvoir de la majorité qui le soutient au Parlement), ni le régime américain (où le président doit en permanence composer avec un Congrès élu séparément, et tantôt insoumis, tantôt hostile), ni même les régimes dans lesquels le président est élu au suffrage universel direct (Autriche, Finlande, Portugal, etc.), ne prétendent concentrer, comme en France, toute la légitimité démocratique sur un homme.»

Mais surtout, ce système est-il démocratique? Pour Pierre Brunet et Arnaud Le Pillouer, penser que le seul représentant légitime de la nation est le président, alors que le parlement n’est qu’une «représentation multiple, incertaine, et troublée des tendances de la nation», comme le disait le général De Gaulle, peut être contraire à l’esprit de la Constitution qui, selon les deux juristes repose sur une pensée de «l’équilibre des pouvoirs».

Le site vie-publique.fr revient sur la décision du général De Gaule, qui voulait assurer la prépondérance du président de la République et mettre un terme au parlementarisme instable des III et IVe Républiques. Dans ses Mémoires d'espoir (Tome 1) De Gaulle explique en effet en quoi il est important pour la stabilité de la République que le parlement s'efface:

«Mais la masse nationale et moi-même ne voyons rien là qui limite ma responsabilité, [...], d’en appeler au pays au-dessus du Parlement par la voie du référendum et, en cas de péril public, de prendre toutes les mesures qui me paraîtraient nécessaires.»

 

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