France

Comment la police «fait du chiffre»

Slate.fr, mis à jour le 04.10.2011 à 10 h 44

REUTERS/Charles Platiau

REUTERS/Charles Platiau

La fameuse «politique du chiffre» dans la police si chère au président Nicolas Sarkozy vient d’être mise à nu par la publication lundi 3 octobre de plusieurs documents internes qui montrent dans le détail les exigences chiffrées de la hiérarchie du ministère de l’Intérieur et la manière dont celles-ci redescendent jusqu'aux policiers sur le terrain.

Le député socialiste du Finistère Jean-Jacques Urvoas, spécialiste de la sécurité au PS, a publié sur son blog deux circulaires du directeur général de la gendarmerie nationale qui demandent aux services de faire baisser les chiffres de la délinquance «dans les limites d’un budget en baisse» comme le note Le Monde.

A défaut d’affecter plus de moyens, les documents préconisent notamment de lever le pied pour l'enregistrement des vols avec violences, de limiter les interpellations pour possession de cannabis, qui augmentent le taux de délinquance, ou encore de ne pas encourager les victimes de fraude bancaire à porter plainte.

Pour le député socialiste, le but de ces documents est clair:

«Recourir à tous les expédients pour faire baisser les chiffres de la délinquance avant la fin de l’année de 2011, afin que Nicolas Sarkozy puisse espérer entamer sa campagne avec un regain de crédibilité.»

Dans un communiqué, le député Eric Ciotti, spécialiste de la sécurité pour l'UMP, a condamné «les propos scandaleux et inadmissibles de Jean-Jacques Urvoas, qui font preuve de démagogie et d'irresponsabilité», rapporte l’AFP.

Parallèlement, le journaliste Laurent Borredon consacre dans les colonnes du Monde daté du mardi 4 octobre un article à plusieurs documents datant de 2008 qui illustrent «culture de la performance» et comment les directives descendent les différents échelons de la hiérarchie policière, du ministre de l’Intérieur au commissariat de quartier.

La ministre d'alors, Michèle Alliot-Marie, envoie d’abord des objectifs chiffrés généraux, comme le taux d’élucidation qui doit passer de 36,11% à 40%. Le directeur central de la sécurité publique envoie ensuite aux préfets une «déclinaison des objectifs», où il demande notamment «une progression de 5% des IRAS (infractions révélées par l'action des services)», de flagrants délits qui affichent un taux d'élucidation de 100%.

Les objectifs chiffrés se font alors de plus en plus précis au fur et à mesure qu’ils descendent les échelons, passant ensuite par les directeurs départementaux, les chefs de service puis les commissariats, où l’on arrive à un niveau de détail extrême: «Au moins 2 faits de trafic, 8 faits d'usage-revente et 160 faits d'usage» dans un commissariat de Seine-et-Marne.

Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.

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