France

Les avocats se souviennent de la guillotine

Slate.fr, mis à jour le 29.09.2011 à 10 h 48

une guillotine. alex.ch via Flickr CC License by

une guillotine. alex.ch via Flickr CC License by

Trente ans après l’abolition de la peine de mort en France, Le Figaro a interrogé quatre ténors du barreau sur leurs souvenirs des exécutions capitales et, plus largement, des procès où se jouait la vie d’un accusé.

Le père de l’abolition, Robert Badinter, qui vit son client Roger Bontems être guillotiné en 1972 pour complicité de meurtre d’une infirmière et d’un policier à la prison de Clairvaux, avant de sauver la tête de plusieurs condamnés, évoque l’ambiance des procès:

«Pendant des heures, j'entendais la partie civile et l'avocat général réclamer la tête de mon client. Lorsqu'arrivait mon tour de plaider, je savais que l'attention des jurés n'irait pas au-delà de quarante-cinq minutes. Vous imaginez la responsabilité qui pesait sur moi?»

Le Figaro a aussi interrogé Thierry Lévy, l’avocat de Claude Buffet, le complice de Roger Bontems, Paul Lombard, qui vit exécuter Christian Ranucci à Marseille en 1976 (l’affaire du «pull-over rouge») et Jean-Louis Pelletier, qui obtint la grâce de deux condamnés.

Le premier comme le second évoquent les visages de ceux qui accompagnaient le condamné à la guillotine. «Dans ces moments, seuls les suppliciés avaient le visage digne d'êtres humains. Nous autres avions tous des gueules d'assassins, la tête humiliée de ceux qui savent qu'un acte abominable est mis en mouvement», explique Lévy. «Beaucoup de gens sont là pour assister à cet horrible spectacle et, parmi eux, nombreux sont ceux qui voudraient arrêter ce scénario hideux mais personne n'en a le pouvoir», renchérit Lombard.

Le troisième, lui, raconte ses visites à l’Elysée, en 1965 puis en 1981, pour plaider une grâce auprès de Charles de Gaulle et François Mitterrand. La seconde fois, le président socialiste, entré en fonctions quatre jours plus tôt, lui lança: «Vous avez fait votre devoir, je ferai le mien.»

Le condamné, ce jour-là, s’appelait Philippe Maurice, accusé du meurtre de deux policiers. Libéré vingt ans plus tard et devenu aujourd’hui historien spécialiste de l’histoire médiévale, il vient de témoigner au micro d’Europe 1: «En 1981, le résultat des élections a sauvé ma tête», a-t-il affirmé, expliquant que, en cas de victoire de Valéry Giscard d'Estaing, son exécution serait «intervenue dans les semaines qui ont suivi».

Il a été le dernier condamné à mort gracié en France, les autres ayant bénéficié de la loi d’abolition promulguée le 9 octobre 1981. Comme nous le rappelle le Nouvel Observateur, le texte avait été voté par l’Assemblée nationale trois semaines plus tôt par 363 voix (dont celles de plusieurs dirigeants de droite, comme Jacques Chirac, François Fillon, Pierre Méhaignerie ou Philippe Séguin) contre 117. Il avait ensuite été approuvé dans les mêmes termes par le Sénat, par 160 voix contre 126.

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