Économie

Impôts des riches: une étude de Bercy fait débat

Temps de lecture : 2 min

les taux d'imposition des Français les plus riches, selon Bercy (infographie Les Echos).
les taux d'imposition des Français les plus riches, selon Bercy (infographie Les Echos).

Les riches français paient-ils plus ou moins d’impôts, en moyenne, que le reste de la population? Cette question a été au cœur, ces derniers jours, d’une vive polémique entre Les Echos et Libération.

A l’origine, un article du quotidien économique daté du 19 septembre et intitulé «Pour Bercy, les riches ne paient pas moins d'impôt que les autres». La journaliste qui l’a signé révèle une note du ministère du Budget «qui récuse l'idée selon laquelle les plus hauts revenus paieraient proportionnellement moins d'impôt». Plusieurs changements introduits ces dernières années (plafonnement des niches fiscales, relèvement de la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu…) auraient en effet hissé, selon Bercy, le taux moyen d’imposition des 100 Français les plus riches à 36,5% en 2010, contre 35,4% pour les 1.000 plus riches et 30,4% pour les 50.000 plus riches.

Nommément cité dans l’article des Echos comme représentant de la «thèse […] selon laquelle les plus hauts revenus paieraient proportionnellement moins d'impôt que les autres», l’économiste Thomas Piketty, proche du PS et co-auteur du livre Pour une révolution fiscale, a réagi quelques jours plus tard dans les colonnes de Libération, où il écrit régulièrement. Sous le titre «Quand Bercy manipule la presse», il explique avoir cherché à récupérer l’étude en question:

«Malheureusement introuvable en ligne. Intrigué, je tente de contacter la journaliste pour obtenir l’étude en question. Impossible, répond-elle, c’est une note confidentielle, et j’ai promis de ne pas la transmettre! En insistant, je finis par comprendre qu’elle se résume à quelques chiffres fumeux, dont il apparaît très vite qu’ils ne démontrent en rien ce qu’annonce l’article.»

Pour lui, le problème est que les taux cités par la note «ont été calculés en pourcentage du revenu imposable, et non du revenu économique réel», alors que «le péché capital de notre système fiscal est précisément que le ratio entre revenu imposable et revenu réel chute brutalement au sommet de la distribution des revenus, car la plupart des revenus de patrimoine sont défiscalisés». L’économiste s’interroge en conclusion sur un «enfumage […] grossier» paru dans les colonnes d’un journal propriété, depuis 2007, d’un «ami intime du président de la République», Bernard Arnault (groupe LVMH).

Troisième round ce jeudi dans Les Echos, avec la publication d’un éditorial du directeur de la rédaction intitulé «Quand Piketty manipule Les Echos». Il y estime qu’«il faut une âme de correspondant de guerre pour écrire sur les questions fiscales sans faire allégeance, d'une manière ou d'une autre, aux thèses de Thomas Piketty sur le sujet» et y dénonce son «tempérament peu tolérant et [sa] plume vindicative». Il s’insurge notamment contre le «procès d'intention injurieux pour l'ensemble de la rédaction» au sujet de son actionnaire principal, et rappelle que «Libération, qui appartient, lui, à une des plus vieilles fortunes de France [Edouard de Rotschild, NDLR], n'est pas un journal excessivement favorable aux riches».

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