Monde

Le juif qui était si proche des Nazis à Nuremberg

Slate.fr, mis à jour le 22.09.2011 à 12 h 23

Banc des accusés au procès de Nuremberg Marion Doss via Flickr CC License by

Banc des accusés au procès de Nuremberg Marion Doss via Flickr CC License by

La philosophe allemande Hannah Arendt avait qualifié la disproportion entre la gravité du mal commis par les Nazis et l’absence de réflexion de ces auteurs de «banalité du mal» après avoir assisté au procès du haut fonctionnaire Adolf Eichmann en 1961 à Jérusalem. Le témoignage de Howard Triest pour la BBC en est aujourd’hui l’écho.

Originaire d’Allemagne, ce juif réfugié aux Etats-Unis et engagé dans l’armée américaine est le dernier traducteur vivant qui a travaillé au sein de l’équipe de psychologues qui a examiné et interrogé les accusés nazis de Nuremberg pour comprendre la motivation de leurs actes:

«Nous n’avions rien trouvé d’anormal, rien qui n’indiquait qu’ils deviendraient les meurtriers qu’ils étaient devenus

«Si vous ne preniez pas en compte qu’ils étaient Nazis, ils étaient comme des amis et des voisins», ajoute t-il. Ces «amis ou voisins» étaient le chef de l’armée de l’air (Lutwaffe) Hermann Goering, le bras droit d’Hitler Rudolf Hess ou encore l’éditeur nazi et particulièrement actif dans les campagnes de propagande anti-juive Julius Streicher.

Ce dernier, raconte Howard Triest, convaincu que son psychologue était un «véritable Aryen» parce qu’Howard était «un grand blond aux yeux bleus», lui parlait pendant des heures.

Howard Triest dit avoir réussi à «contrôler ma haine quand je travaillais là», mais avoue ne leur avoir jamais serré la main. «C’est une étrange sensation que de s’asseoir dans une cellule avec un homme dont tu sais qu’il a tué tes parents», justifie t-il en parlant de Rudolf Hoess, commandant en chef du camp d’extermination d’Autschwitz en Pologne.

Sa famille avait réussi à s’échapper de Munich pour le Luxembourg, mais, faute d’argent, il avait été le seul de sa famille à pouvoir s’échapper pour les Etats-Unis. Ses parents sont morts à Autschwitz; sa sœur a pu finalement joindre les Etats-Unis, après un court passage en Suisse. Et Triest s'est retrouvé, cinq ans après avoir fui les nazis, à nouveau face à eux.

«Des gens avaient l’habitude de me dire: Tu peux te venger, tu peux amener un couteau dans sa cellule. Mais je savais qu’étant en prison, il serait pendu et allait mourir de toute façon. Le tuer n’aurait pas amélioré ma situation.»

L'histoire d’Howard Triest a fait l’objet d’un film en 2006, intitulé Journey to Justice compilant des images de ruines de Munich au sortir de la Seconde guerre mondiale et le Munich d’aujourd’hui raconté par le vieil Howard Triest et son fils, Brent. Il aborde notamment son expérience au procès de Nuremberg où il se souvient de la fierté arborée par les Nazis racontant qu’ils avaient «excédé leurs quotas».

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