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Une leucémie soignée grâce au sida?

Slate.com, mis à jour le 14.09.2011 à 18 h 02

Extraction de cellules kurtislizandchauncey via Flickr CC License by

Extraction de cellules kurtislizandchauncey via Flickr CC License by

Des chercheurs de l’université de Pennsylvanie ont eu recours à la thérapie génique pour combattre une leucémie à partir des propres cellules du patient.

Les chercheurs ont reprogrammé et réinjecté des cellules immunitaires à partir de l’ADN humain, celui de souris et de vaches, un virus qui affecte les marmottes Marmota monax et un autre virus qui touche les vaches, rapporte le New York Times. Le virus inoculé a permis de modifier génétiquement des lymphocytes T, globules blancs qui participent à la réponse immunitaire du corps contre le cancer du sang, de manière à ce qu’ils se multiplient, produisent un récepteur antigénique chimérique spécifique appelé CART19 et s’attaquent au surplus de lymphocytes B, symptôme de la leucémie. Les «cellules tueuses» sont ensuite réinjectées pour prévenir toute rechute.

Les chercheurs ont testé ce traitement expérimental pour la première fois sur William Ludwig, un officier de police de 65 ans à la retraite originaire de Bridgeton, dans le New Jersey. Ils ont prélevé près d’un milliard de ses lymphocytes T dans son sang, examiné par une machine.

Ces lymphocytes ont été ensuite mis en contact avec un virus du sida inactivé, qui les a génétiquement transformé, puis congelés pour un moment. Après une chimiothérapie qui a réduit les lymphocytes T restants qui pourraient avoir empêché la croissance des lymphocytes modifiés, les nouveaux lymphocytes ont été introduits dans le sang de William Ludwig.

«Le patient devient un bioréacteur», explique le docteur Carl June, à la tête de l’équipe de recherche. Au bout de 10 jours, alors que les lymphocytes T proliféraient, William Ludwig a commencé à avoir des frissons, sa température a augmenté et sa tension artérielle a dangereusement baissé. Les lymphocytes T produisaient des cytokines à l'origine de symptômes grippaux.

Au bout de plusieurs semaines, les symptômes avaient disparu et, avec eux, la leucémie. Les docteurs ont estimé que près d’un kilogramme de cellules tumorales avaient été tuées par le traitement génétique.

On ne peut encore dire que William Ludwig est guéri, seulement une année est passée depuis l’expérience. Toutefois, Carl June et ses collègues s'estiment bluffés par les résultats. Bien que le virus du sida avait déjà été utilisé pour soigner d’autres maladies, l’expérience n’avait jamais été faite pour guérir un cancer.

Wiilliam Ludwig dit qu’il se sent merveilleusement bien et marche même le long d’un parcours de golf. «J’ai retrouvé ma vie», dit-il.

Depuis William Ludwig, deux patients ont été traités. Un se trouve en rémission complète. Quand l’autre a eu des frissons et de la fièvre, un autre hôpital l’a soigné avec des stéroïdes, ce qui a pu interrompre l’activité des lymphocytes T. Bien qu’il soit en partielle rémission, les docteurs pensent que sa leucémie était peut-être trop avancée.

Les experts estiment que les résultats de l’expérience constituent un bond en avant pour la biologie moléculaire. D’autres cancers pourraient être soignés par ce nouveau traitement. Le Dr June et ses collègues prévoient de le tester dans d’autres leucémies et cancers comme celui de l’ovaire, du pancréas et de la plèvre. Toutefois, comme le relève le docteur Felipe Suarez du service d'hématologie de l'hôpital Necker, interrogé par le Figaro, la technique mise au point par l'équipe du Dr June est coûteuse car chaque traitement doit être adapté au patient.

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