Life

Pourquoi il ne faut pas laisser passer les remarques sexistes

Slate.fr, mis à jour le 09.09.2011 à 16 h 36

STOP Sexism/ Casey West via Flickr CC License By

STOP Sexism/ Casey West via Flickr CC License By

L'employée de la moto-école qui explique que «normalement c'est 20h de conduite mais pour les filles en général c'est plus, 20h ça suffit pas», une femme qui veut prendre une bière comme ses collègues et que sa patronne interrompt pour lui dire «Ah non, les bières c'est pour les hommes [...] mais tu peux prendre du jus d'orange!», ou cette autre qui travaille sur une hotline et qui doit faire face aux clients «qui exigent haut et fort de parler à UN technicien (souvent des femmes!) parce que, forcément, une femme n'est pas à même de résoudre leur problème...»: trois exemples parmi les milliers que recense vie de meuf, où hommes et femmes peuvent aller poster le sexisme ordinaire auxquels ils font face.

Beaucoup du sexisme que l'on croise au travail «n'est pas nécessairement insultant ou méchant», mais n'en reste pas moins dangereux puisqu'il perpétue des visions stéréotypées des capacités et des préférences féminines, rappelle Forbes.

Mais que feriez-vous face à une remarque déplacée, demande le site?

«Alors qu'on aimerait tous penser que l'on confronterait toute personne nous disant quelque chose de sexiste (ou de bigot en général), la vérité c'est qu'on le fait rarement.»

Dans une étude de 2002 sur le sujet, 68% des femmes avaient affirmé qu'elles refuseraient de répondre à des questions sexistes dans un entretien d'embauche, et 28% avaient dit qu'elles iraient jusqu'à dire à leur interlocuteur ce qu'elles pensaient de ces questions. Mais quand les chercheurs leur ont fait passer un tel entretien, toutes les femmes ont répondu aux questions sexistes, et pas une seule n'a dit quelque chose sur le sujet à son interlocuteur!

Et c'est bien dommage, continue Forbes, puisqu'il y a trois très bonnes raisons de mettre les gens face à leur comportement sexiste: ce n'est pas aussi pénible que ce qu'on peut penser, l'interlocuteur vous en appréciera d'autant plus, et il/elle sera moins sexiste.

Dans une récente étude, des chercheuses ont présenté une situation éthique difficile à des groupes de deux formés d'un homme et d'une femme. Exemple d'une des situations: un(e) infirmier(e) découvre qu'on a donné du sang contaminé à un patient. Pendant leur discussion, la femme devait soit dire à l'homme qu'il avait été sexiste (en supposant nécessairement qu'il s'agissait d'une infirmière et pas d'un infirmier, «nurse» en anglais étant un mot neutre), soit n'être pas d'accord avec lui sur la solution au dilemme éthique.

Tous les hommes ont supposé qu'il s'agissait d'une infirmière. Ceux qui étaient accusés d'être sexistes ont réagi plus fortement que les autres, mais pas en s'énervant ou en devenant hostiles: au contraire, ils ont ri et souri davantage, et étaient beaucoup plus sympathiques avec leur partenaire lors de leur deuxième dilemme à régler, gênés par leurs remarques.

Comme le note le blog Jezebel, cette étude ne suffira évidemment pas pour tout changer:

«C'est une bonne nouvelle d'apprendre que dans certaines situations, les hommes répondent de façon positive à des discussions sur le sexisme. Mais il y a toujours plein de situations où ils –et parfois elles– ne répondent pas de cette manière, et la peur de la confrontation n'est pas la seule raison pour laquelle les femmes laissent couler. Beaucoup d'entre elles ont appris d'expérience que commencer une conversation sur le sexisme les rend vulnérables à un stigma social, de la peine, et des conséquences imprévisibles, et ça va prendre plus qu'une étude pour les convaincre du contraire.»

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte