Monde

La jeunesse européenne manifeste, les Allemands restent calmes

Slate.fr, mis à jour le 09.09.2011 à 10 h 34

A Berlin / skl8em via FlickrCC License by

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«Aucune rage au ventre», titrait récemment Die Zeit, qui constate: la jeunesse allemande est calme, très calme. Au regard des manifestations espagnoles et chiliennes, du printemps arabe, des émeutes anglaises, et, en leur temps, françaises, le journal s’interroge sur les raisons de la tranquillité de ses jeunes compatriotes.

Le sociologue Klaus Hurrelmann répond à Die Zeit. Pour lui, tout cela est conjoncturel:

«Ce qui lie les protestations actuelles à travers le monde, c’est un regard anticipateur sur les perspectives de vie, et l’idée que “non, on ne va pas pouvoir vivre ainsi”. En Allemagne, les jeunes ont déjà eu l’occasion de s’engager fortement sur le thème de la politique énergétique. Mais en ce moment, ils ne voient aucune raison de se faire du souci pour leur future situation économique.»

L’Allemagne est dans une situation particulière, l’importance de la formation en alternance lui garantissant, par rapport au reste de l’Europe, un taux de chômage des jeunes réduit. «Le groupe de jeunes déclassés socialement est moins gros qu’ailleurs», poursuit le sociologue.

Cela rappelle les résultats de l’étude Shell 2010 sur la jeunesse. A l’époque, la FAZ résumait:

«Dans l’ensemble, il s’agit d’une génération pragmatique, pour qui l’effort et l’ambition comptent énormément.»

La même année, la Süddeutsche Zeitung rapportait que la consommation d’alcool de la jeunesse allemande avait baissé. Et alors qu’en 2006, l’étude Shell révélait une peur générale du future, en 2010, malgré le contexte de crise, 59% des 2.500 sondés envisageaient leur situation de façon optimiste. Mais tout n’est pas si rose, rappelle le sociologue:

«Il y a aussi 20% de jeunes qui se sentent exclus de la société. Ils regardent les autres 80% s’en tirer plus ou moins, et parce qu’ils se sentent responsables de leur propre échec, leur malaise est dénué de colère.»

S’ils ne manifestent pas dans la rue, les jeunes s’expriment tout de même, poursuit Hurrelmann:

«Certains donnent leur voix au NPD, d’autres se replient dans l’abstention, d’autres, enfin, reportent leur colère sur des actes xénophobes. Ces dernières années, nous observons dans ce groupe une insatisfaction grandissante non plus seulement à l’égard de leur situation, mais à l’égard de la démocratie toute entière.»

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