France

Affaire Bettencourt: la juge Isabelle Prévost-Desprez accuse Sarkozy

Slate.fr, mis à jour le 31.08.2011 à 11 h 48

Nicolas Sarkozy présente ses voeux à l'Elysée, le 1er janvier 2011. REUTERS/Christophe Ena/Pool

Nicolas Sarkozy présente ses voeux à l'Elysée, le 1er janvier 2011. REUTERS/Christophe Ena/Pool

Dans un livre qui recueille les témoignages de personnalités ayant subi les foudres de Nicolas Sarkozy, la juge Isabelle Prévost-Desprez, celle-là même qui instruisait une partie du dossier Bettencourt avant d'en être dessaisie à l'automne 2010, déballe tout sur ses relations houleuses avec le procureur Philippe Courroye, les pressions qu'elle a subies et la peur des témoins qu'elle a entendus.

Elle y dit notamment, rapporte Libération, avoit été «frappée par la peur des témoins [...] de parler sur procès-verbal à propos de Nicolas Sarkozy», et ajoute-même:

«L'un d'eux m'a dit qu'il avait vu des remises d'espèces à Sarko.»

L'ancienne comptable de Liliane Bettencourt Claire Thibout avait évoqué des remises d'espèces à des personnalités politiques, précisant en juillet 2010 n'avoir jamais «dit que des enveloppes étaient remises régulièrement à M. Sarkozy».

Mais dans Sarko m'a tuer (parution jeudi 1er septembre), Isabelle Prévost-Desprez affirme que l'infirmière de Liliane Bettencourt avait confié à sa greffière, après son audition:

«J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy, mais je ne pouvais pas le dire sur procès-verbal.»

En choisissant de raconter cette histoire dans un livre plutôt que de l'acter dans la procédure, la juge risque des poursuites disciplinaires. Mais elle pourrait aussi être appelée à témoigner par les juges de Bordeaux, qui instruisent aujourd'hui tout le dossier Bettencourt.

L'Elysée a démenti ses affirmations comme «infondées, mensongères et scandaleuses», tandis que Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, a dénoncé les méthodes de la juge, affirmant:

«Quand on a des accusations à porter, on ne les porte pas dans un livre ou dans la presse, on les porte devant la justice.»

Si une enquête disciplinaire s'ouvre contre Isabelle Prévost-Desprez, cela ne sera pas la première fois que la juge se retrouve en difficulté dans l'affaire Woerth-Bettencourt: en octobre 2010, le procureur Philippe Courroye, proche de Nicolas Sarkozy, ouvrait une enquête contre elle pour «violation du secret professionnel», l'accusant d'avoir échangé avec deux journalistes du Monde.

C'était alors deux visions de magistrats qui s'opposaient dans une véritable guerre des juges, comme l'expliquait Bastien Bonnefous sur Slate:

«Deux magistrats et deux visions pour un même dossier. D'un côté, Philippe Courroye, membre du parquet, donc soumis statutairement à la Chancellerie, proche de Nicolas Sarkozy, dirige quatre enquêtes préliminaires portant sur des faits potentiels de blanchiment de fraude fiscale, trafic d'influence, financement illégal de la vie politique et atteinte à l'intimité de la vie privée, au cœur de ce dossier d'origine civile et familiale. Plusieurs de ces enquêtes sont ultra sensibles car elles peuvent aboutir à la mise en cause directe d'Eric Woerth comme ancien ministre du Budget et ex-trésorier de l'UMP durant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

De l'autre, Isabelle Prévost-Desprez, juge du siège, donc indépendante, est en charge du supplément d'enquête sur l'«abus de faiblesse» reproché à l'artiste François-Marie Banier par Françoise Meyers-Bettencourt, la fille de l'héritière milliardaire de L'Oréal, Liliane Bettencourt.»

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