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Les grandes religions sont-elles nées avec les épidémies?

Slate.fr, mis à jour le 24.08.2011 à 17 h 47

L'abbaye de Saint-Antoine, le 30 janvier 2010. acor-cannes via Flickr CC License by

L'abbaye de Saint-Antoine, le 30 janvier 2010. acor-cannes via Flickr CC License by

Selon certains biologistes, la religion et les épidémies ont beaucoup de choses en commun. En façonnant les réactions collectives face à certaines maladies, la religion joue un rôle important dans l’évolution d’une épidémie, d’après ce que rapporte le magazine américain Sciencemag.

C’est ce que David Hughes, biologiste de l’évolution de l’université de Pennsylvanie, a affirmé au 13e congrès de la Société Européenne de biologie évolutive. Hughes s’intéresse depuis longtemps aux personnes qui, au nom de la religion, font des choses qu’ils ne feront pas naturellement, comme se sacrifier pour lutter contre des maladies infectueuses.

Avec deux de ses collègues, il s’est penché sur l’histoire des civilisations. Ils montrent ainsi qu’entre 800 et 200 avant J-C, les premières grandes cités se sont développées, que des épidémies sont apparues et qu’en même temps les premières religions modernes sont nées. Selon eux, les religions ont soit poussé les gens à se dévouer pour ceux qui étaient contaminés par la variole ou par la polio, soit à fuir l'épidémie. Par exemple, la religion catholique encourageait les gens à aider les malades, ce dévouement étant un bon moyen de s’assurer «un ticket pour le paradis».

Hughes et son équipe ont mené une étude au Malawi afin de voir si le sida, qui tue plus d’une personne sur quatorze dans ce pays, a une influence sur les différentes religions. En interrogeant plus de 3.000 personnes venant de 1.000 villages différents, les chercheurs ont remarqué que près de 30% des chrétiens rendent visite aux malades, alors que seulement 7% des musulmans le font.

Faire le lien entre les religions et les épidémies est une «hypothèse audacieuse», affirme Stephen Stearns, un biologiste de l’université de Yale. Même s’il pense que «c’est une bonne chose d’avoir mis en valeur ce lien», il reste convaincu que l’émergence des religions peut être un phénomène plus «complexe» et plus «hétérogène».

Corey Fincher et Randy Thornill, de l’université du Nouveau-Mexique, expliquent par exemple au Daily Mail que les religions permettent aussi de réduire le nombre d’épidémies, non pas en incitant les croyants à aider les autres, mais en segmentant la population en différents sous-groupes. Ainsi plus y a-t-il de maladies, et plus une communauté a intérêt à se diviser pour ralentir la contagion:

«Nous avons trouvé que la diversité religieuse est la plus grande là où il y a le plus de maladies, et qu’elle est la moins grande là où le nombre de maladies est le plus faible.»

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