Affaire DSK: le scénario d'un abandon des charges se précise

Dominique Strauss-Kah, le 19 mai 2011. REUTERS/Richard Drew/Pool.

Le scénario d'un classement de l'affaire Strauss-Kahn sur son volet pénal se précise de plus en plus, à deux jours d'une audience décisive. Le New York Times a en effet révélé, dans un article publié sur son site internet samedi, que le bureau du procureur de Manhattan a convoqué lundi 22 août dans l'après-midi Nafissatou Diallo, la jeune femme qui accuse DSK d'agression sexuelle et tentative de viol. Une convocation dont son avocat croit qu'elle constitue un prélude à une demande d'abandon «total ou partiel» des charges retenues contre l'ancien ministre de l'Economie français.

Le New York Post, qui cite des sources de l'entourage du procureur, annonce lui dimanche qu'il va abandonner toutes les charges contre l'accusé, en rédigeant une demande en ce sens qui sera «longuement, minutieusement et attentivement préparée». Elle contiendrait des détails inédits concernant la crédibilité de l'accusatrice, et son acceptation permettrait notamment à DSK de rentrer à sa convenance en France.

Thompson dénonce un traitement «injuste»

«S'ils ne comptaient pas abandonner les charges, ils n'auraient pas besoin de la rencontrer. Ils se rendraient juste à l'audience le lendemain et diraient: "Nous allons continuer à instruire l'affaire"», a expliqué Kenneth Thompson, l'avocat de la femme de chambre du Sofitel, au New York Times, à qui il a fourni une copie de la lettre du bureau du procureur Cyrus Vance. Un courrier dont il juge qu'il symbolise le traitement «injuste» infligé à sa cliente, «comme si elle était l'accusée et Dominique Strauss-Kahn la victime».

La lettre, dont l'existence a été confirmée par un autre avocat de Nafissatou Diallo, Douglas Wigdor, à Reuters, et par l'Associated Press, convoque Nafissatou Diallo lundi à 15 heures heure de New York (21 heures heure française). Elle lui explique que l'objectif de la réunion est de lui expliquer «ce que l'on peut anticiper qu'il se passera au tribunal le lendemain».

Contactée par le New York Times, Erin M. Duggan, une des assistantes du procureur, n'a pas fait de commentaire, et le bureau du procureur a également refusé de commenter l'article auprès de Reuters et AP. Benjamin Brafman et William Taylor, les avocats de Dominique Strauss-Kahn, n'ont pas fait de commentaire non plus. «Je vous jure que personne ne sait ce qui va se passer mardi... Dominique semble serein, calme», a de son côté déclaré (probablement avant les révélations de ces dernières heures) une source proche du dirigeant socialiste au Journal du dimanche.

Maintien d'un volet civil

Le New York Times explique que, si les charges étaient abandonnées, cela mettrait fin à des poursuites figurant «parmi les plus effrénées et médiatisées menées à New York en plusieurs décennies», mais sans tirer au clair «si la relation sexuelle entre M. Strauss-Kahn et Mme Diallo était consentie».

Le volet pénal de l'affaire serait clos mais pas le volet civil, Nafissatou Diallo ayant porté plainte pour obtenir des dommages et intérêts devant un tribunal du Bronx. Vendredi, le Daily Beast et le Wall Street Journal affirmaient que Kenneth Thompson aurait proposé aux avocats de Dominique Strauss-Kahn de négocier un abandon des poursuites pénales en échange d'une transaction au civil. Une information qu'il avait démentie.

Ce classement de l'affaire sur le plan pénal ne serait pas une surprise au vu de l'évolution du dossier: samedi, des juristes interrogés par l'agence Bloomberg s'attendaient à une telle issue en raison de la difficulté pour l'accusation de prouver «au-delà d'un doute raisonnable» la culpabilité de DSK, en raison de la crédibilité écornée de la plaignante.

Abandon du FMI et de la primaire PS

Dominique Strauss-Kahn avait été arrêté à l'aéroport JFK de New York, à bord d'un vol Air France en partance pour Paris, le 14 mai dans l'après-midi, et accusé d'avoir agressé sexuellement Nafissatou Diallo à l'hôtel où elle travaillait en milieu de journée. Il avait été incarcéré puis libéré le 19 mai sur caution avec assignation à résidence, tout en étant inculpé de sept chefs d'accusation passibles au total de plus de 74 ans de prison, et sur lesquels il avait plaidé non coupable.

Le paysage de l'affaire avait ensuite changé le 1er juillet avec la révélation de plusieurs mensonges de la plaignante, notamment sur son passé, conduisant le tribunal à libérer DSK sur parole, c'est à dire à lever son assignation à résidence. Depuis, Nafissatou Diallo avait maintenu ses accusations dans des interviews à Newsweek et ABC News et lors d'une conférence de presse, fin juillet. Prévue à l'origine le 18 juillet puis le 1er août, la prochaine audience avait été reportée à deux reprises, et finalement fixée au 23 août.

Les déboires judiciaires de DSK l'avaient forcé à abandonner la direction générale du FMI et l'avaient mis hors-jeu en vue de la primaire socialiste des 9 et 16 octobre. Dimanche, ses anciens lieutenants se montraient prudents sur ses chances de retour: le député  Jean-Christophe Cambadélis a appelé à ne pas «spéculer», tandis que le maire de Sarcelles, François Pupponi, a recommandé d'être «très prudent».

Interrogé par France Soir, son biographe Michel Taubmann a estimé que, en cas d'abandon des charges, DSK irait à Washington «parler aux personnels du FMI, à ses anciens collaborateurs, [... ] les remercier et leur expliquer» avant de rentrer en France. Interviewée sur BFM TV, Martine Aubry a elle expliqué que, en cas de retour en France, DSK jouerait «un rôle dans la campagne».

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