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Le running gag du baby-boom allemand

Temps de lecture : 2 min

une tétine. mueritz via Flickr CC License by
une tétine. mueritz via Flickr CC License by

Des obsessions, les Allemands en ont plusieurs: la gestion rigoureuse de la dette publique, le maintien de la compétitivité, la monnaie forte, etc. Mais il y a aussi le taux de natalité, ou plutôt le déclin démographique.

Jeudi 18 août, toute la presse ou presque se faisait l’écho d’une nouvelle rapportée par l’Institut fédéral de statistiques de Wiesbaden: les courbes remontent! C’est donc en fanfare que les journaux se sont empressés de titrer: «Les Allemands refont des enfants», «L’Allemagne vit un mini-baby-boom» ou encore «De nouveau envie de donner la vie».

Concrètement, comment se chiffre cette bonne nouvelle? Excellemment, à en croire la Stuttgarter Zeitung. Alors que le nombre moyen d’enfants par femme s’élevait en 2009 à 1,36, il est, en 2010 à 1,39, un taux jamais atteint depuis l’année 1990, où il s’élevait à 1,45.

Bizarrement, cet enthousiasme sonne faux. Peut-être parce qu'ici même, il y a quelques mois seulement, le web allemand se réjouissait d’une hausse historique des naissances. Peut-être aussi parce qu’en 2009, une revue de presse de la radio internationale allemande, la Deutsche Welle, titrait: «Allemagne: le taux de natalité est bien en baisse!». À moins qu’il ne s’agisse d’un titre du Spiegel, en 2010: «La courbe de naissances chute dramatiquement».

Que les courbes oscillent, c’est une chose. Ce qui étonne plus, c’est l’emploi systématique du superlatif pour désigner l’état de la natalité allemande. Dramatique ou réjouissante, elle trahit à chaque fois une certaine crispation. En 2005, dans le Monde Diplomatique, Michel Verrier expliquait la terreur suscitée par cette «panne démographique»:

«[Bien des experts] soulignent que la réduction sensible de la population entraînera une diminution comparable de la consommation. Les entrepreneurs resserreront d’autant leurs investissements. La diminution du nombre d’actifs au travail menacera l’avenir des régimes de retraite. Devenus disproportionnés, les équipements et infrastructures coûteront très cher à une population réduite, de même que les services publics indispensables.»

Dans ce climat, on peut donc comprendre la tendance allemande à actualiser sans cesse et sans recul les derniers chiffres en date de la natalité. Sur les chiffres parus hier, quelques publications font toutefois preuve de lucidité. La télévision publique ZDF tempère: «Le nombre moyen d’enfants par femme a légèrement augmenté. Deuxième observation: ce qui a augmenté, c’est surtout le nombre de deuxième et troisième enfants.» De son côté, la Frankfurter Allgemeine Zeitung ne cache pas son ras-le-bol des effets d’annonce:

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«Le titre de la dépêche de l’Institut fédéral de statistiques («Les femmes d’Allemagne mettent de plus en plus d’enfants au monde») pourrait facilement susciter la colère. […] En Europe, l’Allemagne figure dans les tous derniers rangs de la natalité. Et la France a un taux de 2 enfants par femme.»

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