Culture

Quand la RDA combattait le rock'n'roll

Slate.fr, mis à jour le 16.08.2011 à 9 h 08

le Mur de Berlin en 1989. Photo Wikimedia Commons.

le Mur de Berlin en 1989. Photo Wikimedia Commons.

À l’occasion des 50 ans de la construction du Mur de Berlin, les journaux allemands multiplient ces temps-ci les articles historiques. Le Tagesspiegel revient ainsi sur l’acharnement vain du pouvoir communiste contre la propagation du rock'n'roll en Allemagne de l’Est. Le rapport avec le mur de Berlin? La réponse est là:

«Les tentatives du gouvernement de la RDA pour influencer sa jeunesse ont toujours été pétries de maladresses et de mauvaises intuitions. Au début des années 60, l’échec est très clair. En 1960, 200.000 personnes fuient la RDA. La moitié d’entre elles sont des jeunes de moins de 25 ans. Si le 13 août 1961, la construction du mur a le mérite de stopper la vague d’émigration vers l’Ouest, elle renforce cependant le conflit de générations.»

Mais revenons un peu en arrière. Dans les années 50, juste après la naissance de la RDA, le rock’n’roll, sauvage, indomptable et symbole des mœurs occidentales, est radicalement refusé par les autorités. En 1959, après une série de mesures drastiques d’interdiction, le président Walter Ulbricht a une idée, apprend-on sur le site de la radio publique régionale MDR:

«C’est à la conférence de Bitterfeld qu’il a déclaré: "Il ne suffit pas de porter un jugement sur la décadence capitaliste. Nous devons proposer quelque chose de mieux." Quelque temps plus tard, le parti met au point le Lipsi, une danse rythmée censée remplacer le rock’n’roll dans les dancings.»

Ringarde, mais surtout conforme à l’idéologie en place, cette danse ne séduit pas la jeunesse, qui voit, de plus, arriver de Liverpool les singles des Beatles. La déferlante est telle qu’en 1965, Walter Ulbricht se radicalise, lit-on sur MDR.de:

«Un décret du bureau politique proscrit la musique rythmée des médias de RDA et retire à tous les groupes leur licence. Ulbricht voit dans cette musique "la tentative d’instigateurs impérialistes de déplacer en RDA une guerre acoustique en pleine préparation". Tous les noms de groupe anglophone sont bannis.»

Un style optimiste, diffusant l’approche positive de la vie par la classe ouvrière de RDA... Voilà ce que le pouvoir attendait des groupes. En 1973, pour réaliser ce rêve d’une «musique dansante pour jeunes socialistes», le ministère de la Culture crée un «comité du divertissement» afin de réglementer la scène musicale de RDA. Une initiative vouée à l’échec, relate un article de l’université Humboldt de Berlin:

«Mais plus on l’organisait et le réglementait, et plus le divertissement socialiste s’éloignait des attentes du public. "C’est comme les goûts et les couleurs, la popularité ne s’ordonne pas. Quant au désir, il ne se laisse pas planifier à long terme", signale Peter Wicke, professeur de musique pop à l’Université Humboldt.»

À force, le rock s’est installé en RDA. Une de ses spécificités, raconte l’article Wikipedia dédié au rock est-allemand, c’est que les textes sont majoritairement germanophones. Pendant les années 80 et jusqu’à la chute du mur de Berlin, le rock a enfin joui d’une certaine ouverture. Parmi les grands groupes d’Ostrock de l’époque, on retiendra Silly. En 2010, 21 ans après la chute du mur, le groupe a sorti un nouvel album, qui est resté un bon moment au top des ventes nationales.

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