Economie

La perte du triple A américain est-elle méritée?

Slate.fr, mis à jour le 06.08.2011 à 14 h 01

un panneau de signalisation Wall Street.  Sachab via Flickr CC License by

un panneau de signalisation Wall Street. Sachab via Flickr CC License by

Les Etats-Unis ne sont officiellement plus notés «triple A». L'agence Standard and Poor's (S&P) a dégradé, vendredi 5 août au soir, après la clôture de Wall Street, la note de dette à long terme du pays d'un cran de AAA à AA+, avec perspective négative.

Une décision qui a d'ores et déjà provoqué une polémique avec le gouvernement américain (qui accuse S&P d'avoir commis une erreur dans ses estimations chiffrées à l'horizon 2021) et qui a évidemment fait réagir les économistes et commentateurs aux Etats-Unis. Petit tour d'horizon.

La perte du AAA est-elle méritée?

Le blogueur Felix Salmon, de l'agence Reuters, pense que oui:

«Les Etats-Unis ne méritent pas une note triple A, et cela n'a rien à voir du tout avec leurs ratios de dette ou leur capacité à payer, mais avec leur volonté de payer. Car il existe un groupe solide de gens puissants au Congrès parfaitement volontaires et même désireux d'amener les Etats-Unis à faire défaut sur leur dette.»

Un avis qui n'est pas celui de Kevin Drum, du site Mother Jones:

«Il n'existe pas de raison macroéconomique sérieuse de penser que les Etats-Unis ne peuvent faire face à leur échéances de dette et il n'y a pas de raison politique sérieuse de penser que le Tea Party a le pouvoir de provoquer une crise politique qui nous amènera à ne pas pouvoir faire face à notre dette.»

Est-elle si grave que ça?

Dans le magazine économique Forbes, l'économiste Leonard Burman estime que cette dégradation peut être une «bénédiction déguisée»:

«Ce qui nous sauvera, c'est le fait que l'Europe est dans un état encore plus désespéré. […] Nous sommes peut-être perçus comme un petit peu moins sûrs que la semaine dernière, mais nous sommes toujours plus sûrs que les autres.»

L'expert ajoute que cette crise peut être l'occasion pour Obama de reprendre la main face au Tea Party:

«Son premier secrétaire général de la Maison Blanche, Rahm Emanuel, aimait dire qu'il ne faut jamais gâcher une bonne crise.»

Sur la NPR, le blogueur Jacob Goldstein rappelle lui que, à court terme:

«La grande majorité de la dette américaine est détenue par des institutions comme des fonds de pension et des banques centrales, qui mènent leur propres recherches sur les dettes souveraines et tendent à être peu influencées par les agences de notation».

Andrew Leonard, du site Salon, s'interroge lui sur l'attitude des autres agences, Fitch et Moody's:

«Il est utile de noter que les deux autres grandes agences n'ont pas dégradé les Etats-Unis quand elles ont publié leurs propres analyses ces derniers jours. La question de savoir ce que signifie exactement une dégradation par un tiers des agences va devenir brûlante à l'approche de l'ouverture des marchés lundi.»

Est-ce une décision politique ou économique?

Ezra Klein, du Washington Post, estime que «S&P dégrade sa notation de notre système politique, pas de notre capacité à payer nos dettes», en notant que, ces derniers jours, la panique sur les marchés à poussé les investisseurs à se ruer sur les Bons du Trésor américains, dont les taux sont donc tombés assez bas:

«Ce vote de confiance en conditions réelles est beaucoup plus important que tout ce que peut dire S&P.»

John Carney, de la chaîne d'information financière CNBC, a d'ailleurs publié le message suivant sur Twitter:

«J'ai hâte de lire le titre de journal: "Rush sur les bons du Trésor, les investisseurs recherchent la sécurité après l'abaissement de la note".»

Megan McArdle, du site The Atlantic, estime également que cette perte du AAA est plus politique qu'économique:

«Franchement, je ne blâme pas Standard and Poor's. Et ce n'est pas parce que nous n'avons pas fait assez de coupes budgétaires – nous avons un ratio de dette plus bas et des perspectives démographiques plus favorables que des pays comme la France et le Royaume-Uni qui ont toujours leur AAA. S&P est en train de nous expliquer la raison exacte: la débâcle effrayante de notre système politique.»

Faut-il croire le jugement des agences?

Le prix Nobel d'économie Paul Krugman s'interroge sur son blog, sur le site du New York Times, sur la crédibilité des agences:

«Il est difficile de trouver moins qualifié pour porter un jugement sur les Etats-Unis que les agences de notation. Ceux qui notaient les produits adossés à des prêts subprimes s'intronisent maintenant juges de notre politique fiscale? Vraiment? […] Pour résumer, S&P est en train d'inventer une réalité – et après la débâcle des subprimes, elle n'en a vraiment pas le droit. C'est donc un scandale, pas parce que les Etats-Unis sont A-OK, mais parce que ces gens ne sont pas en position de porter des jugements.»

Un avis qui n'est pas partagé par l'économiste Tyler Cowen, du blog Marginal Revolution:

«Si, en réponse à cette nouvelle, un commentateur attaque les agences de notation pour leurs erreurs précédentes et leur comportement stupide et corrompu, c'est un signe que ce commentateur tente d'enterrer les enjeux plus larges de cette question.»

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