Economie

Le web crée de la déflation

Slate.fr, mis à jour le 03.08.2011 à 15 h 33

Soldes à Tokyo Yuriko Nakao / Reuters

Soldes à Tokyo Yuriko Nakao / Reuters

Les transformations économiques nées du développement de l'internet n'ont pas que des effets bénéfiques. Bien sûr, selon le processus Schumpétérien de «destruction créatrice», les gains grâce au web en matière de coûts, d'efficacité et de productivité permettent de développer de nouvelles activités. Mais l'effet immédiat de l'internet est de créer de la déflation (les prix baissent et la valeur de la monnaie augmente). L'internet, c'est aujourd'hui Wal-Mart (géant américain controversé de la grande distribution et des prix bas) puissance cent.

C'est en tout cas ce qu'explique Byrne Hobart, spécialiste de l'investissement sur Internet, sur le blog de sa société de conseil Digital Due Diligence.

«Le business sur le web substitue des formes bon marchés à des formes chères de consommation en les rendant logistiquement plus facile à livrer et moins coûteuses à fabriquer. Plus le nombre d'activités qui basculent sur le web augmente, plus leur impact principal sur l'économie sera de faire baisser les prix et de diminuer les besoins d'emplois».

Il ne s'agit pas d'un thème vraiment nouveau. Il a déjà été en  partie abordé dans le livre The Great Stagnation (La Grande stagnation économique), écrit par Tyler Cowen, professeur d'économie de la Manson University et chroniqueur du New York Times.

La thèse principale de Tyler Cowen, expliquée par le site libéral américain Reason.com, est celle d'un recul de l'innovation et de la productivité depuis les années 1970. La productivité du travail n'a cessé de baisser dans des activités clés comme l'éducation, l'administration et la santé et a entraîné avec elle l'ensemble de l'économie. Les progrès dans l'industrie et les technologies n'ont pas été suffisants pour compenser. Illustration: le revenu moyen d'une famille américaine a doublé entre 1945 et 1973, a progressé ensuite de seulement 22% entre 1973 et 2004 et a même baissé depuis avec la crise économique.

Pour Byrne Hobart, il faut pousser le raisonnement plus loin et mettre l'accent sur l'impact de la nouvelle économie sur cet environnement économique déjà stagnant. «Un secteur de l'internet en plein boom a un effet négatif presque universel sur les prix» écrit-il.

Il donne six exemples:

  • Le web a fait s'effondrer les coûts des loisirs: jamais la musique ou le cinéma n'ont été accessibles à des prix aussi faibles.
  • Le web offre, notamment via les jeux et les réseaux sociaux, la possibilité d'obtenir un statut social valorisant, sans qu'il corresponde à la réalité économique. «Les communautés en ligne ont tendance à pousser leurs membres à se satisfaire de carrières professionnelles médiocres tant qu'ils sont appréciés dans leur sous-culture en ligne».
  • L'internet offre un accès bien plus facile au discount et une multitude de sociétés se sont crées dans ce créneau. Cela devrait aussi mettre une pression grandissante au niveau local sur les prix des restaurants ou des cours de yoga.
  • L'internet permet de mobiliser des employés à moindre coût.  «Une mère au foyer avec un master de journalisme peut écrire des contenus presque aussi bons que celui d'un journaliste très bien payé de Manhattan pour beaucoup moins cher».
  • Le coût de plus en plus faible de l'agrégation de données a conduit nombre d'activités industrielles et commerciales à utiliser de moins en moins de personnel pour contrôler les stocks et faire les inventaires et ce n'est pas marginal.
  • Enfin, les sociétés internet ont en moyenne un chiffre d'affaires par employé supérieur aux sociétés de l'économie traditionnelle, ce qui sur un plan macro-économique signifie qu'il leur faut moins de salariés pour réaliser le même chiffre d'affaires.

Alors, bien sûr, la raison d'être même de la technologie est d'en faire plus avec moins. La technologie permet aussi de libérer les personnes de structures sociales et économiques contraignantes et figées.

Mais cela pose tout de même un sérieux problème. Des économies endettées comme celles des États-Unis ou de la France ne peuvent pas supporter la déflation. Contrairement à l'inflation, la déflation renchérit la valeur de la monnaie et augmente de fait le coût de la dette.

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