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Les médias conservateurs américains détournent une étude sur le climat

Slate.fr, mis à jour le 02.08.2011 à 15 h 59

Courtney Friel/Novecentrino via Wikimedia Commons.

Courtney Friel/Novecentrino via Wikimedia Commons.

Le site de critique des médias MediaMatters épingle plusieurs médias conservateurs américains, dont Fox News, pour leur utilisation erronée d'une récente étude sur le changement climatique.

Tout commence par la publication, fin juillet, d’un article par un chercheur de l’université de l’Alabama. Roy Spencer, qui fait partie de ces scientifiques qui pensent que nous ne devons pas trop nous inquiéter du réchauffement climatique, rend compte des résultats d’une étude qu'il a menée, remettant en cause les principaux modèles climatiques actuels.

Bien que largement critiquée par la communauté scientifique pour son manque de perspective et ses erreurs, l’étude sert ensuite de base à un éditorial de James Taylor, de l’institut libertarien Heartland, publié par Forbes. Taylor interprète les résultats à sa façon en déclarant que l’étude ouvre «une brèche dans l’alarmisme du réchauffement climatique».

Les autres médias conservateurs américains suivent alors en montant en épingle les résultats erronés, notamment le site de Fox News, pour qui l’étude montre que «la planète ne se réchauffe pas». Le site d’information NewsMax évoque pour sa part «l’étude de la Nasa» qui «pourrait prouver que les alarmistes du réchauffement climatique ont toujours eu tort». Le Christian Post déclare que Roy Spencer «pense que les données d’un satellite de la Nasa peuvent réfuter la théorie du réchauffement climatique».

Manque de rigueur scientifique

Plusieurs scientifiques américains ont depuis dénoncé le manque de prudence et de nuance de ces médias. Pour Kerry Emmanuel du MIT, ces articles «ne s’appuient pas sur la réalité». Judith Curry, du Georgia Institute of Technology, a estimé qu’il pouvait être «approprié d’utiliser le terme "alarmistes" dans certaines circonstances, mais pas quand il s’agit de décrire des modèles informatiques. Cela n’aide pas l’Institut Heartland à être pris au sérieux dans le débat sur le climat, même par les sceptiques». Pour de nombreux chercheurs, le fait que cette étude attire particulièrement l’attention des médias sans que de nombreuses autres, beaucoup plus solides, ne soient jamais mentionnées, est «exaspérant», souligne MediaMatters.

L’étude de Roy Spencer compare les températures mesurées de 2000 à 2010 aux données sur l’échappement de la chaleur terrestre collectées par un satellite de la Nasa. Ces informations ont ensuite été comparées à six modèles climatiques calculés sur la période 1990-1999. C’est là que Spencer a constaté de «grandes contradictions», tout en avouant qu'il lui manquait la prise en compte d’autres facteurs pour pouvoir mesurer concrètement ces différences. D’autres scientifiques, ceux du Centre national de recherche atmosphérique, ont repris cette étude en utilisant cette fois d’autres modèles que les six choisis par Spencer. Dans ce cas, les «grandes contradictions» disparaissent.  

Depuis le scandale du «Climategate», le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) tente de se remettre de la campagne de dénigrement des sciences climatiques dont il a été la cible, notamment par les médias conservateurs américains. Dans un récent entretien accordé au Monde, le président du GIEC, Rajendra Pachauri, avance que «les lobbies de l'énergie sont très actifs pour freiner les mesures d'atténuation du changement climatique».

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