Monde

Fini Gucci pour les mafieux emprisonnés

Slate.fr, mis à jour le 02.08.2011 à 12 h 58

Ray Liotta dans «Les Affranchis» de Martin Scorsese (Warner Bros.)

Ray Liotta dans «Les Affranchis» de Martin Scorsese (Warner Bros.)

Depuis des dizaines d'année, la prison Ucciardone, à Palerme, est surnommée par ses occupants «Le Grand Hôtel»: un endroit où une simple condamnation n'empêchait pas les mafieux qui ont des relations de s'adonner aux plaisirs de la vie, depuis la bonne bouffe italienne jusqu'aux costumes taillés à la perfection.

L'époque dorée des mafieux emprisonnés a notamment vu Michele Catalano s'offrir un banquet d'anniversaire dans la salle de gym de la prison avec homard et champagne, rapporte La Stampa, et Masino Busceta organiser un mariage on ne peut plus somptueux pour sa fille dans la chapelle de la prison.

Mais tout cela est fini, car la nouvelle directrice d'Ucciardone, Rita Barbera, a décidé de réfréner les ardeurs luxueuses de ses prisonniers. D'après son nouveau règlement, les détenus n'ont plus le droit de porter des vêtements de grandes griffes. Interdites «Prada, Gucci, Valentino, Versace, Vuitton, Armani», mais aussi «Adidas, Nike, [...] etc, etc», dixit le règlement.

Un «etc, etc» appliqué de façon très large par les gardes d'Ucciardone: La Stampa rapporte que la femme d'un détenu a dû récupérer un jean qu'elle voulait lui faire parvenir parce qu'il portait un petit logo Trussardi.

Des photocopies collées au mur énoncent les nouvelles règles et préviennent que les cellules seront fouillées à la recherche de vêtements de marque, au grand dam des femmes de détenu, dont une s'est plaint à la directrice:

«Mon mari va rester nu comme un ver: il n'a que des vêtements de marque, pas pour frimer mais parce qu'ils durent plus longtemps, ils sont de meilleure qualité. [...] Pourquoi l'humilier? Pourquoi nous forcer à acheter des robes au marché?»

Des lamentations qui n'ont pas convaincu Rita Barbera, qui répond:

«Cette prison est déjà associée dans l'imaginaire collectif aux robes de chambre en soie des parrains, c'est un souvenir qu'il nous faut effacer. Dans un lieu où il y a déjà une souffrance due à la privation de liberté, nous devons applatir le plus possible les différences de classes sociales, l'exhibition de statuts, de pouvoir, de suprématie économique.»

Le Telegraph explique qu'en Italie, contrairement à de nombreux autres pays, les prisonniers ne sont pas obligés de porter un uniforme. Le journal britannique ajoute que l'on a notamment comparé la dolce vita du «Grand Hôtel» à celle vécue par les personnages interprétés par Robert DeNiro et Joe Pesci dans Les Affranchis.

Un style de vie d'autant plus gênant que tous les prisonniers d'Ucciardone ne sont pas aussi chanceux: une association qui visite les prisons affirme ainsi que 250 des détenus n'ont même pas de quoi s'acheter des chaussettes et des caleçons. Ce sont les associations qui les fournissent.

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