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La science se met aussi au «slow»

Slate.fr, mis à jour le 01.08.2011 à 14 h 42

egg-timer/openDemocracy via Flickr cc.

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Un manifeste publié par la Slow Science Academy de Berlin encourage les scientifiques à prendre leur temps, à s’éloigner de leurs ordinateurs et à  réfléchir sur les grandes questions, rapporte The Atlantic.

Les scientifiques installés à Berlin commencent leur manifeste ainsi:

«Nous sommes des scientifiques. Nous n’avons pas de blog. Nous ne sommes pas sur Twitter. Nous prenons notre temps.»

Ils revendiquent le droit de prendre le temps de la réflexion sans pour autant s’opposer aux pratiques actuelles. «Qu’il n’y ait pas de malentendu, nous disons "oui" à l’accélération de la science en ce début de 21e siècle», précisent-ils. Ils revendiquent la possibilité d'opter pour une lenteur assumée:

«Nous avons besoin de temps pour réfléchir. Nous avons besoin de temps pour digérer. Nous avons besoin de temps pour le malentendu, particulièrement en favorisant le dialogue perdu entre les sciences humaines et les sciences naturelles.»

Pour la journaliste de The Atlantic, il y a bien un problème mais il n’est pas sûr qu’il soit directement lié à la vitesse à laquelle les scientifiques mènent leurs recherches. Selon elle, les problèmes que connaît le monde de la recherche viennent d’ailleurs: des «anomalies dans les mécanismes de financement» (prédominance du principe de précaution qui pousse à financer surtout la «recherche sûre»), de la trop grande importance donnée aux publications au détriment de l’enseignement, mais aussi de l’habitude prise par les communicants des universités, les journalistes et les politiques de «simplifier à outrance les nouvelles découvertes scientifiques».

L’ensemble de ces problèmes donneraient l’impression que la science va «trop vite», mais la rapidité de la science n’est pas en soi un problème. «Tout scientifique qui suivrait les conseils de ce manifeste risque de ralentir sa carrière sans pour autant améliorer la situation de la recherche», affirme la journaliste. L’idée de slow science découle d’une impression plus générale que  «la vie s’est accélérée», à tel point que le rythme n’est plus tenable.

De plus en plus de mouvements slow sont apparus : alimentation, temps libre, mode… Et une biochimiste appelait en 2006 dans Nature à une philosophie de la «slow science» pour contrer la tendance fast-food des scientifiques actuels.

Si l’ajout de la science dans le mouvement slow peut sembler légitime, «les critiques de ceux qui le proposent seraient plus utiles si elles prenaient en compte les raisons profondes de l’accélération de la science», conclut The Atlantic.

Le «slow» partout

Le mouvement slow s’étend à de plus en plus de domaines. Michel Houellebecq, en fait l’éloge sans le citer dans son dernier roman, La carte et le territoire, surtout à travers le personnage idéalisé de Jean-Pierre Pernaut qui accomplit «une tâche messianique consistant à guider le téléspectateur, terrorisé et stressé, vers les régions idylliques d'une campagne préservée, où l'homme vivait en harmonie avec la nature, s'accordait au rythme des saisons».

Dans un article paru sur Slate.fr, Laure Watrin décrit le concept de slow sex: «On oublie tout ce que l'industrie du porno et des sex-toys peut véhiculer et on pratique la «décélération érotique» chère à Alberto Vitale, l'homme à qui l'on doit l'expression "Slow Sex"».

Des villes entières se mettent au slow, comme Mirande dans le Gers. Cette dernière est officiellement candidate à l’intégration au réseau européen Slow Cities depuis juillet 2011, nous apprend Sud Ouest. Le journal régional présente le concept ainsi:

«La philosophie de ces villes est de ralentir le mouvement, en constante accélération, au profit d'une qualité de vie pour leurs populations. Il s'agit de privilégier la consommation locale, le travail artisanal, l'agriculture raisonnée, les énergies nouvelles, les infrastructures collectives et les producteurs locaux tout en impliquant les citoyens au développement de leur cité.»

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