Culture

Freud et Halsted, deux grands hommes accros à la cocaïne

Temps de lecture : 2 min

Sigmund Freud en 1922, Wikimedia Commons
Sigmund Freud en 1922, Wikimedia Commons

«Je vais t’embrasser et te nourrir jusqu’à ce que tu sois ronde. Et si tu es effrontée, tu verras qui est le plus fort entre une fille douce qui ne mange pas assez et un grand homme sauvage qui a de la cocaïne dans son corps.»

Cette phrase n’est pas tirée d’un film de Quentin Tarantino, elle a été écrite par Sigmund Freud à l’époque où il était consommateur de cocaïne. La relation de Freud à la cocaïne a déjà été évoquée dans plusieurs ouvrages. Mais un nouveau livre sorti cette semaine aux Etats-Unis raconte en détail comment cette drogue est devenue, dans la deuxième partie du XIXe siècle, à la mode parmi les élites européennes et américaines, qui l’utilisaient à des fins récréatives mais étudiaient également son potentiel de médicament miracle pour bon nombre de maladies, rapporte le New York Times.

Loin des narcotrafiquants qui s’entretuent actuellement au Mexique, le docteur Howard Markel, historien de la médecine réputé et auteur de An Anatomy of Addiction, raconte ainsi l’histoire du premier homme à être devenu millionnaire grâce à la cocaïne, le Corse Angelo Mariani. Ce chimiste a inventé dans les années 1860 un vin un peu spécial, mélange de Bordeaux et de feuilles de coca, le vin Mariani (ancêtre du Coca) qui est très vite devenu populaire parmi les intellectuels: Jules Verne, Thomas Edison, Robert Louis Stevenson, Alexandre Dumas, Arthur Conan Doyle…

Le livre s’attarde sur les cas de Sigmund Freud, père de la psychanalyse, et de William Halsted, un des fondateurs de la chirurgie moderne. Le premier a un temps cru que la cocaïne pouvait aider à lutter contre l’addiction à la morphine et à l’opium, et en a même fait le sujet de son premier article scientifique, Über Coca, en 1884.

Le second a travaillé sur l’utilisation de la cocaïne comme anesthésiant local en chirurgie. «Les deux hommes ont goûté librement à la poudre blanche. Les deux sont devenus accros», écrit le journaliste Dwight Garner dans sa critique du livre pour le New York Times. Laura Miller écrit sur le site Salon.com:

«Ils étaient tous deux incontestablement de grands hommes, mais il ont également lutté avec une consommation de drogue qui a mis en danger leur travail. Les deux ont essayé de cacher ou de minimiser leur consommation, ce qui explique que l’information sur leurs habitudes et sur la manière dont ils ont réussi à arrêter est assez rare.»

L’auteur estime que Freud a consommé régulièrement de la cocaïne entre 1884 et 1896. Il a arrêté à 40 ans, avant d’écrire les œuvres qui l’ont rendu célèbre. «Dommage que la fierté ou la peur ou autre chose l’a empêché de raconter comment il s’est débarrassé de son addiction» écrit Laura Miller.

Slate.fr

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