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Les commotions peuvent détruire le cerveau des footballeurs américains

Slate.fr, mis à jour le 21.07.2011 à 18 h 00

Dave Duerson en 1999. REUTERS

Dave Duerson en 1999. REUTERS

Les commotions cérébrales chez les athlètes se révèlent plus graves que l'on pensait. C'est grâce à Dave Duerson, ex-star de la National Football League américaine, que les chercheurs le savent aujourd'hui. L'athlète, qui s'était suicidé en février 2011, avait fait don de son cerveau, justement pour que les scientifiques l'étudient («S'il vous plaît, faites que mon cerveau soit remis à la banque du cerveau de la NFL», avait-il demandé à son ex-femme et à son fils). Ed Pilkington, sur The Guardian, rapporte les résultats de cette étude des conséquences de ces commotions.

«[Dave Duerson] savait qu'il avait un problème. Il y avait les signes extérieurs de difficulté —l'effondrement de son business, son divorce, les dettes. Mais il y avait aussi les changement internes. Les problèmes de mémoire, les changements d'humeur, les maux de tête aigus, la difficulté à épeler même les mots simples, la vue trouble. Et par dessus ça, la peur que ce déclin matériel et spirituel ne soit pas une simple coïncidence, mais les conséquences de blessures au cerveau contractées pendant qu'il jouait au sport qu'il aimait tant —le football américain.»

Ann McKee, une neuropathologiste du Centre d'étude d'encéphalopathie traumatique («la banque de cerveaux de la NFL» selon Dave Duerson), explique que la maladie dont souffrait Duerson était connue surtout chez les boxeurs, où elle était appelée jusque-là syndrome du «coup de poing saoûl» ou «dementia pugilistica», et qu'elle cause des encéphalopathies chroniques traumatiques.

Sa dissection du cerveau du joueur a révélé en effet trois gros trous dans le cerveau: un large triangle au centre du cerveau, et deux trous ovales parallèles, à la base du cerveau. De plus, «[le cerveau] est trop petit pour un cerveau adulte. On voit des réductions à peu près partout», précise la neuropathologiste.

Puis, lors de tests plus poussés, elle a détecté  la présence d'une protéine «anormale», qui se forme en général après un traumatisme ou une blessure par un coup à la tête. «Ces dommages au cerveau sont énormes, pour quelqu'un de 50 ans», commente Ann McKee.

C'est le prix à payer pour un footballeur américain professionnel, précise Ed Pilkington, qui revient sur le passé du footballeur. Nommé Homme de l'année de la NFL en 1987, Humanitaire de l'année (toujours de la NFL) en 1988, sa famille se souvient d'au moins 10 commotions au cours de ses 11 années de jeu.

Les séquelles consécutives aux commotions ont été visibles à partir de 2005, dix ans après sa retraite, lorsqu'il «commença à prendre des décisions trop rapidement concernant son commerce. Plusieurs choses qui jusque-là étaient naturelles pour lui ne l'étaient plus. Il a commencé à perdre ses capacités à fonctionner, à penser aux choses de manière assez claire», selon Alicia Duerson, sa femme.

Jusqu'ici, les entraîneurs semblaient le prendre à la légère. Il ne va pas en être de même, raconte le New York Times, car récemment 75 joueurs de la NFL à la retraite ont décidé de porter plainte contre la NFL dans un tribunal de Californie, plainte pour les commotions dont ils auraient souffert et que la Ligue aurait fait passer sous silence depuis 90 ans.

Selon TMZ, la plainte déclare que «la NFL connaissait depuis les années 1920 les effets néfastes des commotions sur le cerveau humain; mais, que jusqu'en 2010, ils ont caché ces faits aux entraîneurs, aux préparateurs, aux joueurs et au public».

La NFL n'a pour l'instant pas pris connaissance de la plainte, précise ESPN, «mais contesterait vigoureusement toutes les allégations de ce type».

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