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Iran: acheter un chien comme de la drogue

Slate.fr, mis à jour le 20.07.2011 à 12 h 06

Puppy/fanz via Flickr cc

Puppy/fanz via Flickr cc

L’interdiction de la vente des chiens a poussé les Iraniens à se tourner vers Internet pour s’offrir un animal de compagnie, rapporte le Wall Street Journal.

Il y a encore quelques années, la possession d’un chien comme animal de compagnie ne concernait qu’un nombre réduit d’Iraniens occidentalisés. Aujourd’hui, avec la télévision par satellite et les programmes américains montrant des familles jouant avec des chiens, avoir un compagnon à quatre pattes est devenu tendance. «La dernière mode, c’est d’offrir un chiot comme cadeau d’anniversaire», témoigne Amin. Le jeune Iranien de 25 ans n’avait jamais caressé de chien jusqu’au jour où il est allé dans un village situé à deux heures de Téhéran pour acquérir un berger allemand.

Pourtant, l’achat ou la vente des chiens sont illégaux en Iran. En 2010, l’ayatollah Nasser Makarem Shirazi a émis une fatwa contre la possession de chiens car ces animaux sont considérés «impurs». En avril 2011, le parlement iranien a voté une loi rendant le fait criminel car il s’agirait d’un signe des «valeurs vulgaires de l’Occident». Seuls sont autorisés  les chiens de garde ou ceux employés par la police.

Il est devenu tellement difficile d’acheter un chien que les prix atteignent des sommets, jusqu’à 10.000 dollars (7.000 euros), et que certains éleveurs bandent les yeux des potentiels acheteurs afin de garder l’adresse de leur chenil secrète. Un homme d’affaires de 32 ans avoue son malaise au moment d’aller chercher son beagle:

«Je ne savais plus si j’achetais un chien ou si je concluais un deal avec un cartel international de la drogue.»

Pour contourner la loi, les transactions s’effectuent d’abord en ligne sur des sites aux noms évocateurs tels que Woof Woof Iran Digital Pets ou Persianpet. Certains de ces sites, notamment Rashpet et Petpars, avouent importer des chiens en payant des Iraniens en voyage pour qu’ils ramènent par un avion un animal, car cela reste —étonnamment— légal. L’Ukraine est la principale destination pour ce genre de trafic, mais il y a aussi des réseaux d’importation par voie terrestre depuis la Turquie et l’Arménie.

Une fois en possession de leur animal, les Iraniens doivent faire preuve d’énormément de prudence pour ne pas faire remarquer la présence de leur chien. Ils sortent par exemple leur animal au milieu de la nuit ou conduisent pendant des heures pour se balader en pleine nature, loin des regards. La police de la morale veille et peut punir tout contrevenant d’une amende minimum de 500 dollars (350 euros) si l’animal est vu en public ou confisquer la voiture et le permis de conduire d’une personne transportant un chien dans son véhicule. 

Les autorités iraniennes ne montrent aucune clémence envers la gente canine. Selon le magazine Time, des battues aux chiens sont régulièrement organisées dans les rues des grandes villes du pays. Ces abattages sont jugés «brutaux et cruels» par la population, explique Omid Memarian, un journaliste iranien spécialiste des droits de l’homme. Pour lui, cette hostilité envers les chiens s’inscrit dans la «guerre culturelle» menée par le régime contre l’Occident.  «C’est comme si le peuple iranien et les autorités vivaient dans deux mondes différents», conclut-il.

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